Le saloon des derniers mots doux

septembre 21, 2015
Le saloon des derniers mots doux

Le saloon des deniers mots doux n’est autre que le dernier roman de Larry McMurtry – plus connu pour Lonesome Dove, La Dernière Séance ou Tendres Passions. Né en 1936 au Texas, Larry McMurtry signe ici une roman totalement décalé, à la fois un western qui chante ici les dernières heures du Far West avec Wyatt Earp (photo du beau gosse en une), Doc Holliday et Buffalo Bill et une comédie drôle et subversive où chaque héros en prend pour son grade.

Fin du 19ème Siècle – Long Grass. Presque dans le Kansas mais pas tout à fait (ni  au Nouveau-Mexique, au Texas, ni en Arizona.. au lecteur de dénicher l’endroit!).  Wyatt Earp et Doc Holliday ont bien changé. Les célèbres gâchettes voient le temps filer, Doc est embarrassé d’une toux incessante (la tuberculose) et Wyatt passe son temps à s’engueuler avec sa femme, Jessie. Cette dernière travaille au Saloon des derniers mots doux, tenu par Warren, l’un des cinq frères Earp (Virgil, Morgan et Newton complètent la fratrie). Les deux héros ont bien vieilli et ne savent plus se servir d’une arme. Cette petite ville voit alors débarquer un éleveur célèbre, Charlie Goodnight, avec son épouse Marie, dite Molly et un Lord anglais, accompagné d’une femme noire amazone, San Saba et de sa demoiselle de compagnie, Flo, la créole. Les deux hommes ont décidé de faire affaire et de posséder le plus grand troupeau au monde de bovins. Tout ce petit monde ne cesse de se croiser. Ajoutez-y un autre éleveur filou, Clanton et vous voilà en bonne compagnie.

Doc Holliday Mais la terre des Badies (Badlands) est inhospitalière et rien ne se passe comme prévu. Nellie Courtright, une des premières femmes journalistes a croisé le chemin de tous ces hommes et vient ici les retrouver une nouvelle fois pour narrer ce nouveau projet. Elle retrouve en chemin un ancien amoureux, Buffalo Bill (de son vrai nom Bill Cody). Désormais, cet ancien tueur d’Indiens se donne en spectacle et propose à Earp et Holliday (photo) d’en faire de même. Les deux hommes s’entrainent au tir mais sont incapables de viser juste (même sur des bouteilles à quelques mètres d’eux) et le soir de la première, ils offrent un spectacle ridicule à des spectateurs déçus. Les deux hommes se livrent à un duel avec des balles à blanc. Renvoyés, ils partent rejoindre alors les frères Earp, Virgil et Morgan, nouveau shérif et shérif adjoint d’une petite ville au nom prédestinée, Tombstone.

L’Ouest mythique se meurt, les derniers Indiens « sauvages », des Kiowas tuent leurs dernières victimes de manière atroce avant d’être pendus. Les femmes sont de grandes gueules, demandent les hommes en mariage, trompent leurs maris ou dressent les chevaux. Les temps changent. Le train prend le pas sur le cheval, San Francisco, Chicago et d’autres villes attirent les nouveaux venus et l’Ouest mythique disparait sous une tempête de sable.

McMurtry m’a quelque peu perturbé avec son dernier roman- celui-ci ressemble à un chant du cygne. McMurtry disant ses adieux au western une fois pour toutes. Roman quelque peu déjanté, où les héros ont tous très mal vieilli, parfois drôle et même très drôle (gros fou rire avant Tombstone) – il m’a laissé un goût doux-amer lorsque j’ai eu fini de le lire. Comme si je disais au revoir une nouvelle fois à un genre que j’aime tant, le western.  Si Glen Swarthout proposait une fin plus lyrique et plus sérieuse à sa fine gâchette de l’Ouest dans le Tireur, McMurtry choisit ici une fin plus amusante mais toute aussi émouvante avec ce dernier combat à Tombstone – entré depuis longtemps dans la légende. Ici, il démonte le mythe de l’Ouest – Doc Holliday ou Earp ne portaient presque jamais d’armes et passaient leurs journées à boire ou à embêter les femmes.

Ces dernières sont des enquiquineuses – un peu comme Jim Harrison qui vieillit, McMurtry leur laisse enfin la parole. Elles rendent fous les hommes, souvent prêts à se ridiculiser pour elles mais leur offrent un point d’ancrage dans ces Badlands. Warren Earp suit ses frères avec sa pancarte sous le bras au nom atypique et très émouvant – le Saloon des derniers mots doux, cherchant toujours l’endroit parfait où l’accrocher. Mais comme le Far West, son bar ne cesse d’être repoussé plus loin pour finir au fond d’un jardin, au milieu d’objets rouillés au bord du Pacifique.

OK Corral Tombstone 1882

OK Corral, Tombstone – 1882

L’architecture du roman ressemble en beaucoup de points à celle de Doerr : des chapitres très courts (deux ou trois pages maximum), où l’on passe d’un personnage à l’autre. Et ils sont nombreux, une petite dizaine – j’ai été quelque peu décontenancée au départ puis je suis entrée dans l’histoire, et le rythme m’a finalement très bien convenu. Le livre se divise en deux volumes : Long Grass et Tombstone.  McMurtry réussit toujours à nous faire aimer ses personnages, pourtant bourrés de défauts. J’ai eu un coup de coeur pour ce roman, un peu trop court à mon goût !

Le romancier américain n’a perdu ni de sa prose, ni se de son talent de conteur – comme Harrison, il a vieilli et il offre un regard plus désabusé mais toujours aussi amoureux sur la vie. Un regard plein de tendresse sur l’Ouest sauvage en passe de devenir un « décor de carton-pâte ». Je vous laisse avec ses propres mots qu’il offre concernant ce roman :

Le Saloon des derniers mots doux est une ballade en prose dont les personnages flottent dans le temps : leur légende et leur vie réelle correspondant rarement. En écrivant cet ouvrage, j’avais en tête le grand réalisateur John Ford : il est connu pour avoir déclaré qu’à choisir entre la légende et la réalité, mieux vaut écrire la légende. C’est donc ce que j’ai fait. 

Le livre sort en librairie le 1er octobre prochain.

♥♥♥♥

[highlight color= »color here »]Le Saloon des derniers mots doux, Gallmeister, trad.Laura Derajinski, 212 pages [/highlight]

16 commentaires
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16 commentaires

keisha septembre 21, 2015 - 1:13

Hélène en parle aujourd’hui, elle a l’air déçue. Zut alors (et si je comprends bien, je peux attendre longtemps la suite de Lonesome dove?)

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Electra septembre 21, 2015 - 2:13

Je n’ai pas lu le billet d’Hélène. Ce n’est pas la suite de Lonesome Dove (sortie pourtant) – c’est un roman, comme Jim Harrison – d’un auteur qui vieillit et qui veut dire au revoir à un genre et qui donc parle de vieillesse. Il est cependant plus court et moins détaillé ou profond que Lonesome Dove – son chef d’œuvre mais j’ai quand même beaucoup aimé !

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Marie-Claude septembre 21, 2015 - 2:45

Le voilà, le fameux western! Magnifique, ton billet. J’ai très hâte de le lire. Je l’attends en sp.
À défaut de pouvoir lire Lonesome Dove, je me rabattrai sur celui-ci!!!
J’espère que tu vas mieux… Moi, j’ai attrapée une grippe carabinée, le cerveau en compote. Et le boulot qui presse…

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Electra septembre 21, 2015 - 2:55

Tu vas aimer mais sois prévenue : c’est un McMurtry vieillissant, comme Harrison – mais j’aime toujours autant et puis moi j’adore les western, alors !!
Pour LD, le Père Noël a prévu de passer chez toi donc patience ! et puis il te faudra des vacances pour lire les deux volumes 😉
Oh ma pauvre ! Une grippe ? c’est l’horreur – ça court déjà par chez toi ce virus ? Ici, il arrive avec le froid… en novembre, décembre .. Moi c’est le bras droit (et les deux épaules) qui sont aux abandonnés absents depuis quelques jours ! Rdv chez le médecin (et sans doute le kiné) – je ne savais pas que lire était si sportif !

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Marie-Claude septembre 22, 2015 - 2:23

Yahoo! le père Noël!
J’aime bien les vieux! McMurtry vieillissant, pas de problème!
Pauvre de toi. Tu es vraiment handicapée… J’espère que tu iras mieux rapidement… La grippe, je ne l’attrape jamais en même temps que les autres. C’est soit au printemps, soit à la fin de l’été! Je ne fais rien comme tout le monde, moi!!! Bon courage.

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Electra septembre 22, 2015 - 3:58

J’aime beaucoup le fait que tu fasses PAS comme tout le monde 😉
Oui, rendez-vous demain chez l’ostéopathe dans deux jours …. je peux encore utiliser l’ordi mais je n’arrive plus à écrire à la main .. snif snif 🙂

Oui le Père Noël prépare sa hotte 😉

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Kathel septembre 21, 2015 - 4:43

J’ai du retard avec cet auteur, enfin, plus que du retard, puisque je n’ai encore rien lu de lui ! Mai sj’ai « Duane est dépressif » dans ma pile à lire, ce sera un début !

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Electra septembre 21, 2015 - 5:19

Duane est dépressif est aussi récent et témoigne bien du temps qui passe, la vieillesse ..
Disons qu’à l’époque de Lonesome Dove – il était plus jeune et possédait donc ce souffle (un peu comme Harrison quand il a écrit Dalva…) mais bon moi j’aime tous ses romans même les tous derniers ! Si tu as l’occasion d’emprunter Lonesome Dove (2 tomes attention), ça serait parfait pour voir l’évolution d’un écrivain dans le temps (la dépression est vraiment un thème lié à la vieillesse..)

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Hélène septembre 22, 2015 - 8:34

Je n’ai pas vraiment réussi à entrer dans ce roman. Pourtant sur le papier il me plaisait, mais je n’ai pas été emballée à sa lecture !

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Electra septembre 22, 2015 - 9:46

J’ai été un peu surprise par ces chapitres très courts et tous ces personnages et puis la sauce a pris ! surtout à Tombstone 😉

Désolée que ça n’a pas marché pour toi ! C’est différent de Lonesome Dove – dommage ! Je file voir ton avis

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luocine septembre 22, 2015 - 10:59

Un billet détaillé et tout en nuances , cela me donne envie …. À mettre donc dans ma liste!

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Electra septembre 22, 2015 - 11:10

Merci !

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jerome septembre 22, 2015 - 11:51

Un auteur que je n’ai toujours pas lu. Ce sera l’occasion idéale !

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Electra septembre 23, 2015 - 2:35

vraiment ? je suis étonnée ! son meilleur ouvrage (selon moi ..) reste Lonesome Dove (prix Pulitzer) !

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gambadou septembre 23, 2015 - 9:43

Ton avis est plus positif que ceux que j’ai lu précédemment, du coup j’hésite

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Electra septembre 24, 2015 - 9:27

Si tu as lu Lonesome Dove, dis-toi qu’entre-temps, le bonhomme a vieilli de 40 ans donc écrire sur la fin de l’Ouest sauvage, des stars de la gâchette ça a du sens ! Mais par contre, j’ai retrouvé entre les deux personnages la complicité et l’humour de l’auteur – et j’ai passé un bon moment de lecture mais je comprends que certains « restent sur leur faim »…

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