Intérieur nuit

septembre 2, 2015
Intérieur nuit

Marisha Pessl ne m’avait pas laissé insensible avec son premier roman, La physique des catastrophes , à l’époque déjà 829 pages (en poche). J’ai donc acheté son dernier roman Intérieur nuit dont la quatrième de couverture m’intriguait et .. j’ai bien fait ! Ce livre m’a passionné de bout en bout et je n’ai pas réussi à le reposer, excepté pour aller passer une journée à la mer (voir une amie, donc le livre a du rester sagement à la maison).

L’histoire ? Scott McGrath, journaliste d’investigation, apprend par la presse la mort de la jeune Ashley Cordova dans un entrepôt Intérieur nuitde Chinatown. La jeune femme de 24 ans a sauté dans le vide. Mais le journaliste ne croit pas à la version du suicide et décide de mener sa propre enquête. Encouragé par son ancien boss, il doit alors replonger dans son propre passé, lorsque cinq ans auparavant, il avait tenté de démasquer le père de la jeune femme, le très mystérieux et légendaire, réalisateur de films d’horreur – Stanislas Cordova. McGrath avait été contacté par une mystérieuse source lui indiquant que l’énigmatique Cordova, retranché dans son somptueuse propriété des Adirondacks, au nord de l’Etat, se livrait à de drôles de jeux sur les enfants. Malheureusement la source avait disparu et la carrière de McGrath jetée en pâture, avec son mariage.

McGrath part donc une nouvelle fois en quête d’informations sur ce réalisateur qui n’est pas apparu en public depuis trente ans et dont les films, la plupart tournés dans sa propriété, The Peak – sont cultes aujourd’hui. McGrath va croiser alors la route de deux jeunes gens, Hopper, un petit revendeur de drogue au physique de James Dean qui a reçu de la part d’Ashley une mystérieuse peluche et Nora, une jeune réceptionniste qui a volé le manteau d’Ashley oublié le jour-même de sa mort.

Que dire de plus ? Sinon que Pessl réussit ici un vrai tour de magie : nous embarquer avec McGrath, Nora et le nonchalant Hopper dans une enquête vertigineuse mêlant thriller et ensorcellement. Dans son récit, Pessl inclut toutes sortes de documents, photographies ou coupures de journaux autour de la personnalité fantomatique et malsaine de Cordova. Lui qui aura élevé sa fille dans ses décors de films d’horreur où la magie noire côtoie des pique-niques au bord d’un étang où dansent des flamands roses, laisser courir les plus folles rumeurs à son sujet dont la pratique du satanisme et qui à la mort de sa fille, reste introuvable.

Hopper tira sur sa cigarette, chassa ses cheveux de devant ses yeux, leva la tête vers le ciel et observa les oiseaux sur le câble téléphonique. D’autres avaient surgi de nulle part. Ils étaient maintenant au nombre de sept – sept minuscules notes noires sur une partition vierge, dont les portées et les mesures pendaient entre les les poteaux tout le long de la route. (p.149)

En suivant McGrath, un homme très terre à terre (comme moi), vous voilà plongé soudainement dans ce monde invisible, comme Tor, l’Internet de l’ombre ou toutes ces croyances occultes, ces mauvais sorts qui viennent vous faire douter du réel. Et puis cette mystérieuse propriété du Peak qui fascine autant qu’elle répugne. Pessl explore en nous notre part d’humanité, à savoir notre part d’ombre et de peur. Que croyons-nous ? Qu’avons-nous besoin de croire ? De quoi sont fait nos peurs ? Oserons-nous ?

« Voilà, avait dit Beckman. Le seuil mystérieux qui sépare le réel de la fiction.. Car chacun de nous possède sa propre boîte, une chambre noire où se loge ce qui nous a transpercé le coeur. Elle contient ce pour quoi l’on agit, ce que l’on désire, ce pour quoi l’on blesse tout ce qui nous entoure. Et si cette boîte venait à être ouverte, rien ne serait libéré pour autant. Car l’impénétrable prison à la serrure impossible, c’est notre propre tête ». (p572)

Un énorme coup de coeur pour ce roman fleuve où la fin n’est pas celle que l’on croit et où la romancière continue de jouer avec nous comme Cordova avec les spectateurs. A la fin de chaque film, il laissait en suspens le sort de ses personnages. Toutes les pièces du puzzle finissent par s’emballer, alors lisez avec soins tous les documents annexes fournis dans le récit ! Pessl m’a prise au dépourvue et j’ai adoré !

Mon premier achat de la rentrée qui confirme qu’on a ici à faire à une romancière pleine de talent et d’inventivité. Si on peut lui reprocher parfois certaines erreurs de « jeunesse » comme de faire de Hopper un être presque trop beau pour être vrai, j’ai adoré sa manière de faire se rencontrer trois êtres totalement différents et les laisser arpenter la ville tentaculaire de New York à la recherche d’une vérité où plane l’ombre sombre d’Ashley, la huella del mal.

♥♥♥♥♥

[highlight color= »color here »]Intérieur nuit, Marisha Pessl, Night film, Gallimard, trad. Clément Baude, 716 pages [/highlight]

28 commentaires
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28 commentaires

Léa Touch Book septembre 2, 2015 - 5:03

Je veux tellement le lire celui-ci <3

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Electra septembre 2, 2015 - 5:12

Fonce ! Il m’a bien occupé (broché, 703 ou 704 pages) mais quel plaisir !!

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quaidesproses septembre 2, 2015 - 8:18

J’ai vu une interview d’elle, et tu m’as totalement convaincue quant à ce livre. Je le mets de suite dans ma WL, et il sera probablement une de mes prochaines lectures (octobre?)
Merci !

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Electra septembre 2, 2015 - 8:35

Une interview ? Oh je suis curieuse ! Je pense qu’il te plaira beaucoup effectivement, un pavé où j’ai passé quatre journées folles à NY et dans ses environs ! McGrath, Nora et Hopper me manquent déjà 😉

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quaidesproses septembre 2, 2015 - 9:05

J’aime vraiment cette sensation quand les jours qui suivent les personnages nous manquent ! Ca veut dire qu’on a passé un chouette moment de lecture !
En tout cas, tu le retranscrits bien dans cette chronique. Le pavé ne me font pas peur, heureusement !

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Electra septembre 2, 2015 - 9:09

Oui ! J’ai presqu’envie de voir une suite ! Je m’étais bien habituée à leur petit trio sympa et là je me sens toute seule !
Tant mieux, car quand tu vas le soulever, il fait son poids ! Mais tous les documents (articles, pages Web, photos) à l’intérieur vont sûrement te plaire 😉

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Nadège septembre 2, 2015 - 10:25

Comme toi, j’ai lu La physique des catastrophes et j’avais adoré… alors tu penses bien qu’Intérieur nuit est dans ma PAL!

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Electra septembre 3, 2015 - 12:08

Un bon moment en perspective alors 😉 Maintenant je cherche ma prochaine lecture 😉

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Marie-Claude septembre 3, 2015 - 1:07

Ben là… La quatrième ne m’avait pas tentée plus que ça, mais après la lecture de ton billet, il va rejoindre ma PAL dans peu de temps… Je vais me le réserver pour les vacances de Noël. Je fais une pause de pavé. Je ne suis plus en vacances, moi!!!
Du coup, je vais le prendre mon challenge 50 États 50 romans – New York. Eh oui, il y a encore quelques changements de ce côté (avec tous les titres de la rentrée que j’ai repérés…).

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Electra septembre 3, 2015 - 9:26

Désolée ! Oui pause pavé, il m’a pris du temps même sur mes vacances 😉 Mais un tel plaisir de lecture si tu savais !
Je pense aussi modifier mon challenge américain car j’arrête pas de lire de nouveaux romans américains et mon challenge n’avance pas ! Tu lis le Zuma alors ? Tu m’avais parlé d’un pavé …

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Marie-Claude septembre 3, 2015 - 1:49

On va devoir faire un update à notre challenge! Moi aussi, avec les livres de la rentrée, il y a quelques changements…
Je ne lis pas un pavé, mais un livre lourd, dans tous les sens du terme! Je lis « Illska », d’Eiríkur Örn Norddahl, qui était d’ailleurs dans ta liste d’envies.
Bonne journée (ou soirée?), ma belle.

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Electra septembre 3, 2015 - 2:03

Je l’ai aussi à lire ! Mais je vais enchainer sur un autre de Métailié ! Bon après-midi en fait 😉
Oui, un uptdate s’impose !

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Hélène septembre 3, 2015 - 8:12

Je n’ai pas lu « la physique des catastrophes » peut-être me faut-il commencer par là ?

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Electra septembre 3, 2015 - 9:27

Pas vraiment car ce sont deux livres très différents même si la relation père-fille reste prégnante (mais ici entre le père et une petite fille, dans l’autre la fille est ado). J’ai préféré celui-ci car il fait plus abouti, le premier était un « premier roman » mais à toi de voir ! Ce sont deux pavés ! Le premier est aussi très spécial !

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Kathel septembre 3, 2015 - 8:24

J’ai abandonné « La physique des catastrophes » mais tout n’est pas perdu puisqu’il est encore dans mes étagères. Je referai peut-être l’essai ?

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Electra septembre 3, 2015 - 9:32

Je relisais mon billet et je me souviens que j’avais failli lâcher les premières cent pages mais après j’avais accroché (ici pas du tout, accro dès le départ) ensuite il était quand même spécial ce livre, les échanges entre le père et la fille m’apparaissaient parfois compliqués – ici pas du tout de souci de ce côté-là ! Et les personnages principaux sont très touchants.

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keisha septembre 3, 2015 - 8:59

J’avais aimé le précédent, donc là je signe, forcément! Et hopper, dis donc!
Je viens d’aller sur le site de la bibli, il est marqué ‘temporairement indisponible’ ce qui signifie ‘on l’a commandé, patientez’ (remarque, le principe de Ferrari, c’est pareil, depuis de longs mois…)

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Electra septembre 3, 2015 - 9:35

Cool si tu avais aimé le précédent – ici un nouveau pavé avec des personnages très touchants et une histoire très prenante ! Je ne l’ai plus lâché.
Ma BM a aussi un drôle de classement : certains livres apparaissent d’abord en « équipement » puis « marquage » et enfin je vois « en rayon » et non ! Ils sont souvent empruntés par les bibliothécaires eux-mêmes ! Par contre, je n’ai pas le « temporairement indisponible » ! Moi je l’ai acheté car il m’a hypnotisé en librairie 😉

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keisha septembre 3, 2015 - 9:00

Pas le ‘vrai’ Hopper, finalement…^_^
J’ai terminé Effondrement, ouh là que c’est bien!

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Electra septembre 3, 2015 - 9:36

Ah ah ! Non un autre Hopper, mais je te jure qu’il est pas mal du tout ! Il ne laisse personne indifférent avec son long manteau, et ses mèches de cheveux blonds qui viennent troubler son beau regard 😉

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Eva septembre 3, 2015 - 10:25

J’avais adoré « La Physique des Catastrophes » et j’attendais donc avec impatience « Intérieur Nuit »…
je suis ravie de voir que tu l’as beaucoup aimé!! je vais le commencer d’ici un jour ou deux, j’ai hâte!
Pour info, il sera à l’affiche de notre podcast Bibliomaniacs d’Octobre (www.bibliomaniacs.fr)

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Electra septembre 3, 2015 - 12:22

Ah super ! Tu vas être bien occupée alors ! Je fais une pause lecture (je lis des BD) avant de me lancer dans une nouvelle aventure !

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Jerome septembre 3, 2015 - 12:50

Je ne connais pas du tout l’auteur mais un mélange de thriller et d’ensorcellement, je ne suis pas du tout certain d’accrocher.

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Electra septembre 3, 2015 - 12:57

Oui mais on ne bascule jamais dedans .. Enfin, le personnage principal, Scott McGrath est l’être le plus rationnel qui soit (comme moi..) donc on suit ses investigations et toutes ses questions au sujet de l’occultisme, ses doutes et puis la romancière sait parfaitement retourner une situation à la fin que je n’avais pas vu venir et c’est top ! Mais à toi de voir !

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luocine septembre 3, 2015 - 2:45

les pavés me font toujours un peu peur , mais ton enthousiasme est contagieux. Je vais regarder si le premier est en médiathèque , car pour celui-ci ce n’est pas sûr.

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Electra septembre 3, 2015 - 6:09

Le premier m’avait marqué, je pense qu’il est en bibli (il est en poche) – pour celui-ci ils vont sans doute le commander mais il ne sera pas dispo avant longtemps ! comme toutes les nouveautés sauf si ta bibli te les mets de côté 😉

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Tasha septembre 4, 2015 - 7:55

Ah la la! Il est sur la PAL et fait partie des urgences!!! Ton billet me donne envie d’y plonger mais je voudrais avoir un peu de temps pour pouvoir me laisser engloutir. J’avais beaucoup aimé La physique des catastrophes, offert ensuite à des amis qui avaient aimé aussi. J’ai presque sauté de joie quand j’ai vu ce roman annoncé et je suis impatiente de le lire. Le problème est que j’ai des tas d’impatiences, et c’est toujours dur de choisir. Ah on n’a pas des vies faciles! :-))

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Electra septembre 4, 2015 - 11:30

Oui je compatis ! Même problème ! J’ai vu la physique des catastrophes ce matin dans une librairie d’occasion (je l’ai déjà) et j’ai souri ! En tout cas, c’est une bonne chose qu’il soit déjà sur ta PAL 😉

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