L’étrangleur d’Edimbourg

août 2, 2015
J’avais décidé de découvrir les enquêtes du fameux inspecteur John Rebus, créé de toute part par Ian Rankin. J’avais lu ci et là des échos sur ses nombreuses enquêtes (17 en 2007). Je sais que l’inspecteur vieillit au même rythme que la publication de ses enquêtes. Né approximativement en 1947, il se retrouve donc en 2007 à la retraite mais participe encore à quelques enquêtes en tant que conseiller pour la police écossaise. Vous allez me dire : c’est un personnage ! Mais non, c’est un telle célébrité outre-Manche que la question a été officiellement posée au Parlement d’Écosse. Pour ma part, j’ai décidé de reprendre à zéro et donc de le suivre dans sa toute première enquête, l’étrangleur d’Édimbourg. J’ai trouvé plusieurs de ces livres à Emmaüs et en librairie d’occasion mais je ne trouvais pas celui-ci. Lorsque j’ai découvert que les éditions du Livre de Poche ont décidé de republier ses enquêtes, je n’ai pas hésité une seconde.
Le titre original du roman Knots and Crosses est beaucoup plus parlant que la traduction française qui n’a pour seul mérite que de nous indiquer le lieu du crime : Édimbourg, Écosse. Le roman a été publié en 1987. J’ai ainsi découvert que John Rebus est divorcé, grand amateur de whisky (un peu trop), divorcé, à peine 40 ans. Il vit dans le centre mal famé d’Edimbourg, aime les mauvais garçons et déteste la hiérarchie ou travailler en équipe. Il a un frère cadet, Michael, prestidigitateur comme leur père. Michael, marié et père de deux enfants, vit dans une maison cossue dans un quartier huppé d’Edimbourg et les frères se voient très peu. Michael était le préféré de leur père à qui John va rendre hommage à la Toussaint. John dort mal – ancien para, il avait intégré une unité spéciale de l’armée et avait été torturé par ses pairs avant de quitter la grande silencieuse puis de sombrer dans la dépression. Quelques temps plus tard, il avait rencontré sa future épouse et intégré la police. Depuis, il ne cesse de faire des cauchemars où il repense à cet épisode et à son pote de mauvaise fortune, tous deux enfermés dans une cellule et torturés.
John Rebus n’a que très peu d’amis au sein de la police, leur préférant la compagnie du whisky, lorsqu’une, puis deux petites filles, âgées de 8 ans sont enlevées. Leurs corps sont retrouvés quelques jours plus tard. Les enfants n’ont pas été abusés sexuellement mais étranglés. John a une fille du même âge, Samantha, de son premier mariage dont il n’a pas la garde mais qu’il emmène souvent le dimanche avec lui. Le meurtre sordide de ces enfants et le kidnapping d’une troisième petite fille mobilisent toutes les forces de police de la ville et John n’y échappe pas. Convoqué au commissariat central, il est affecté à la plus ingrate des tâches : fouiller tous les dossiers des délinquants sexuels et pervers (même si aucune des filles n’a été violée) car son supérieur, Anderson, ne l’aime pas (et c’est réciproque). John se voit confier cette tâche au côté d’un flic plus jeune que lui mais dont la bouteille lui donne vingt ans de plus. L’enquête avance lentement, nous sommes en 1987 et à cette époque aucun logiciel de croisées de données n’existe. Tout est sur papier.
John croise la route d’une femme policier, Gill Templer, plus gradée que lui, qui sert de liaison entre la police et les médias et les deux entament une liaison. Celle-ci connaît bien le journaliste Jim Stephens qui enquête depuis peu sur un trafic de stupéfiants. Ce dernier a découvert que Michael Phebus, le frère de John, trempe dans cette affaire et il en faut peu au journaliste pour être convaincu que John est au courant, aussi il ne le lâche plus. John ne comprend pas l’intérêt de ce journaliste à son égard, comme il ne fait pas très attention aux devinettes qu’il reçoit méthodiquement au commissariat. Dans une enveloppe, à son nom, se trouve ainsi une phrase mystérieuse et toujours un bout de corde avec un nœud. Peu à peu, toutes les pièces du puzzle commencent à s’emboiter et tout finit par s’emballer…
Que dire de ce premier roman? Sinon que si j’ai trouvé la traduction moyenne, comment dire : je me dis que j’aurais sans doute plus apprécié de le lire en anglais (et entendre les expressions typiquement écossaises), ici le roman perd de son parfum écossais. Étrangement, Ian Rankin ne publiera une suite (puis une dizaine d’autres) qu’en 1991 sous la pression des lecteurs. Je dis étrangement car pour moi, Rankin y intègre déjà tous les éléments d’une série. La présentation des personnages, des lieux – on y apprend ainsi tous les détails de la vie de John Rebus : son passé dans l’armée, sa dépression, son entrée dans la police, son mariage et son divorce, sa relation avec sa fille, ses relations houleuses avec ses chefs, ses pubs préférés.
Ian Rankin déclarait qu’il ne se reconnaissait pas comme un auteur de roman policier, et que le seul objectif de ce roman était de commenter la vie en Écosse « à cette époque, sur ses manies et ses psychoses, sur les défauts de son caractère. Je disséquais une nation ». 
Si j’ai appris quelques éléments sur le vrai visage de la capitale écossaise, je suis quand même loin d’une véritable plongée (avec une vision sociologique) sur la ville. Évidemment, on est loin de l’image touristique de la ville. Ici Rankin présente la face cachée de la capitale, ses bas-fonds, le trafic de drogue, les figures locales du banditisme mais aussi ses quartiers huppés mais tout cela reste assez superficiel. La ville est présente mais sans être un véritable personnage. Mais je me dis qu’il me reste encore de nombreux livres à lire pour me faire une meilleure opinion des romans de Rankin.

Aussi, si le livre est un bon page-turner (je l’ai commencé dans l’avion et fini le soir dans mon lit), je suis restée un peu sur ma faim.

 

Éditions Le livre de Poche, traduction xxx, 286 pages.
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8 commentaires

Marie-Claude Rioux août 3, 2015 - 12:35

Pour une fois que je ne cours pas chez mon libraire après lecture de ton billet!

J'ai lu deux ou trois Rankin il y a quelques années. De bons page-turner, mais il ne m'en reste rien, absolument rien…

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Electra août 3, 2015 - 12:36

Oui, je pense que les prochains seront trouvés à la bibli ou à 10 cts car comme toi il ne m'a pas marqué. Je préfère l'inspecteur israëlien de Dror Mishani.

Contente de voir que j'aide ton portefeuille, quoique j'ai finalement cinq ou six billets en attente et ça risque de faire mal 😉

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quaidesproses août 3, 2015 - 2:47

C'est dommage. C'est vrai que si la ville d'Edimbourg avait eu plus de place, peut-être me serais-je laissée tenter – L'Écosse me fait rêver, sous bien des aspects.
J'espère que les prochains seront meilleurs. Je te le souhaite, en tout cas.

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Electra août 3, 2015 - 2:48

Oui moi aussi ! Une amie y est allée et j'ai toujours rêvé de découvrir ce pays mais là j'ai trouvé tout trop léger, mais comme je le dis, il se devait de présenter son héros, sa vie, son passé donc il se peut que dans les prochains épisodes, il consacre plus de temps à la ville et moins à Rebus 😉

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zarline août 3, 2015 - 9:31

Jamais lu Rankin mais je crois en avoir un dans ma PAL. Le côté Ecosse, Edimbourg me dit bien mais n'étant pas non plus une super fan de polars… Surtout que celui-ci me paraît plutôt classique (l'inspecteur alcoolo, les relations houleuses, etc), je me trompe?

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Marie-Claude Rioux août 3, 2015 - 9:31

Ménage-moi, je t'en supplie!!!

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Electra août 3, 2015 - 9:32

Mais oui ! Tu en as déjà lu un 😉

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Electra août 3, 2015 - 9:33

Non tu ne trompes pas, en même temps le frère prestidigitateur et le Rebus n'est pas non plus ronchon ou taciturne. Il a sa fille, s'en occupe bien. Je ne le connais pas encore assez mais j'avoue que ça n'a pas été le coup de foudre pour ce flic.

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