All the light we cannot see

août 11, 2015
All the light we cannot see

Quand j’ai commencé cette lecture, j’avais encore les quelques avis mitigés vus sur la toile (dont celui de Jérôme) en tête, mais j’avais enfin le roman entre les mains et je me suis donc lancée. Et je ne le regrette pas ! Est-ce l’esprit des vacances (alors que je suis de retour au travail) ? Le soleil, la chaleur ?J’ai tout simplement adoré replonger dans une période, pourtant sombre de notre histoire (la deuxième guerre mondiale) et suivre l’histoire de Werner et Marie-Laure. Je l’ignore mais je n’ai plus lâché le roman et j’ai terminé ma lecture (environ 300 pages) en une seule fois, émue par ce roman magnifique.

Ce livre a reçu le Prix Pulitzer, et si, pour moi, il n’atteint pas les mêmes sommets que d’autres romans au niveau du style, il reste néanmoins un formidable témoignage sur la guerre. Le roman débute dans les années 30 et suit la destinée de deux enfants : une petite fille française prénommée Marie-Laure, aveugle, et un petit orphelin allemand, prénommé Werner, parallèlement à la montée du nazisme. Lorsque la guerre éclate, on suit le destin d’un mystérieux diamant, confié aux bons soins du père de Marie-Laure.

J’ai été impressionnée par le talent de Doerr à décrire la lente et puissante main mise de ce dirigeant sur le peuple allemand, sur leur manière de penser. Ainsi, lorsque Werner, le jeune héros orphelin intègre cette école de prestige, il est effrayant de voir quels principes, idées et croyances lui sont assénées du matin au soir. Ici les faibles doivent tomber, disparaitre – l’exemple de son ami Frederick est terrible. Les enfants deviennent des monstres, prêts à tuer leurs congénères pour servir leur unique maître. Ici la pensée libre n’a plus sa place – les « penseurs » sont forcément des êtres pervers, faibles – qui risquent à tout moment de ne plus suivre la seule et unique pensée qui doit régner, celle du Führer. Werner n’y échappe pas au départ – faire partie de l’élite, pour un orphelin, être reconnu par le doyen comme supérieurement intellectuellement est forcément flatteur et Werner rejoint le front, persuadé de servir son pays. Mais déjà son idéal se fissure : l’attaque violente à l’encontre de Frederick, les premiers signes de la guerre, l’ostracisation des Juifs – peu à peu le doute s’immisce dans l’esprit de Werner. Il repense à sa sœur Jutta qui ne comprenait pas cette guerre et l’invasion de la France, pays cher à leur cœur. Tous ces éléments vont semer le doute dans l’esprit de Werner, jeune soldat âgé d’à peine 16 ans.

Parallèlement, on suit Marie-Laure, petite parisienne aveugle mais qui ne cesse de voir plus loin que nous. Marie-Laure s’est construite dans les pas de son père, passant ses journées avec lui et ses collègues au Muséum d’Histoire Naturelle. Elle y a apprend tant de choses sur les sciences (biologie, ethnologie, physique) et sur l’histoire. Elle s’échappe au côté du Capitaine Nemo et de Monte-Cristo, grâce à ses premiers livres en braille qu’elle lit et relit religieusement. A l’arrivée des troupes allemandes, son père l’amène à Saint-Malo, ville portuaire où elle fait la connaissance de son grand-oncle, Étienne – blessé par des éclats d’obus lors de la première guerre mondiale. Ce dernier n’est plus sorti de chez lui depuis plus de vingt-cinq ans. C’est Mme Manec, employée de la maison depuis plus de cinquante ans qui gère l’immense bâtisse de 6 étages au cœur de la ville fortifiée. L’homme se passionne pour les radios et garde précieusement les vieux 78 tours enregistrés par son frère Henri, le grand-père de Marie-Laure,  décédé pendant la première guerre. Celui-ci avait enregistré sur un phonogramme des émissions éducatives présentant aux enfants le monde merveilleux des sciences. Ces mêmes programmes que Werner et sa sœur Jutta écoutaient religieusement à l’orphelinat – ayant appris le français grâce à Frau Elena, la Sœur venue d’Alsace. La boucle est bouclée. La magie opère…

« Werner’s mind drifts; he is thinking about the book in his lap, The Principles of Mechanics by Heinrich Hertz. He discovered it in the church basement, water-stained and forgotten, decades old, and the rector let him bring it home, and Frau Elena let him keep it, and for several weeks, Werner has been fighting through the thorny mathematics. Electricity, Werner is learning, can be static by itself. But couple it with magnetism and suddenly you have movement – waves. Field and circuits, conduction and induction. The air swarms with so much that is invisible! How he wishes he had eyes to see the ultraviolet, eyes to see the infrared, eyes to see radio waves crowding the darkening sky, flashing through the walls of the house »(p.58)

C’est évidemment la guerre qui va finir par réunir Werner et Marie-Laure – et un troisième personnage, un colonel allemand lancé à la poursuite du plus merveilleux des diamants, caché depuis des siècles au Muséum d’Histoire Naturelle de Paris et confié aux soins du père de Marie-Laure.

J’avoue que la forme du roman, polyphonique avec des chapitres très courts, m’a quelque peu décontenancé au départ et ensuite j’ai vraiment apprécié ce choix narratif. On est à Paris, puis en Allemagne, puis à Saint-Malo (ville fortifiée merveilleusement représentée) puis à nouveau à Berlin et sur le front.

J’ignore si le fait de le lire en anglais à jouer ou non sur mon appréciation du livre, mais je l’ai trouvé plutôt bien écrit. Surtout les passages lorsque Anthony Doerr décrit les sensations et les émotions ressenties par le personnage de Marie-Laure, aveugle, comme lorsqu’elle décrit ses premiers pas sur la plage, la découverte de l’océan, le fameux passage constellé de bulots ou les milliers d’objets du Muséum d’Histoire Naturelle qu’elle a découvert en les touchant, les humant. J’ai été happée par la passion de Werner pour l’électronique (son carnet de notes où il se pose tout un tas de questions) ou celle de Frederick pour les oiseaux. J’ai adoré ces moments-là et je n’avais qu’une envie : trouver tous les livres cités ci et là par l’auteur américain, comme relire Jules Verne, me procurer les livres d’Audubon et puis continuer à en apprendre plus sur les sciences.

« Dr. Geffard teaches her the names of the shells – Lambis lambis, Cypraea moneta, Lophiotoma acuta – and lets her feel the spines and apertures and whorls of each in turn. He explains the branches of marine evolution and the sequences of the geologic periods; on her best days, she glimpses the limitless span of millennia behind her: million of years, tens of millions. (p.60).

Je pense que ce livre a raisonné en moi pour ces multiples raisons : enfant, j’adorais apprendre – grâce aux livres, mais aussi avec mon père, féru de géographie et de mon grand-père passionné par les plantes. Je revois mon frère démonter un réveil, une radio et même la télévision (il aura fallu l’intervention d’un réparateur ce coup-ci pour la réparer!).  Je me suis vue dans les pas de Marie-Laure arpenter les nombreux couloirs du Muséum, écouter les professeurs expliquer la vie d’un mollusque, sa fossilisation ou le professeur en gemmologie raconter la formidable histoire du diamant des Mers.  Et puis l’auteur s’amuse avec ses lecteurs, puisque les aventures du Capitaine Nemo coïncident avec celles de Marie-Laure et de Werner ainsi lorsque la petite fille compte les chapitres qui lui restent à lire, elle est au chapitre neuf – comme nous lecteurs.

« The ocean. The ocean! Right in front of her! So close all this time. It sucks and booms and splashes and rumbles; it shifts and dilates and falls over itself; the labyrinth of Saint-Malo has opened onto a portal of sound larger than anything she has ever experienced. Larger than the Jardin des Plantes, than the Seine, larger than the grandest galleries of the museum. She did not imagine it properly; she did not comprehend the scale. 
When she raises her face to the sky, she can feel the thousand tiny spines of raindrops melt onto her cheeks, her forehead. She hears Mme Manec’s raspy breathing, and the deep sounding of the sea among the rocks, and the calls of someone echoing off the high walls (…) ». (p.231)

En plus d’être un excellent page-turner, c’est un livre au goût doux-amer qui vous ramène à l’enfance, loin des ordinateurs et des réseaux sociaux, au plaisir simple d’apprendre, tout en dénonçant l’absurdité de la guerre et en n’épargnant personne.

All the light we cannot see, Fourth Estate, 530 pages.
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16 commentaires

keisha août 12, 2015 - 5:34

Toi tu sais le vendre, ce roman… ^_^Mais comme il n'est pas à la bibli, pas de presse!
Je suis toujours dans l'Amérique des écrivains, ah c'est bien!

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Marie-Claude Rioux août 12, 2015 - 5:34

Un excellent billet, encore une fois!
Il me tente beaucoup, en français cependant!
Lapsus dans le premier paragraphe? Marie-Laure plutôt que Marie-Claude???!

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Electra août 12, 2015 - 5:42

Non ! La petite fille s'appelle Marie-Laure mais hop ton nom s'est glissé partout ! Erreur corrigée 😉
Oui, il est sorti en français également mais depuis peu!

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Electra août 12, 2015 - 5:44

Ah je te comprends ! Profites-en bien ! J'ai regardé, la version française est disponible dans mon réseau de bibli mais il est déjà réservé et emprunté dans les 4 bibliothèques ! Il ne devrait pas trop tarder à arriver chez toi 😉 En anglais, il était disponible plus facilement.

Mais oui j'avoue que moi j'ai beaucoup aimé ! D'ailleurs, je vais retourner au muséum d'histoire naturelle prochainement !

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Kathel août 12, 2015 - 7:21

Tu réussis à me tenter ! même si je n'ai pas trop envie d'un pavé en ce moment…

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Electra août 12, 2015 - 7:22

Il se lit tout seul ! Oublie le nombre de pages 😉

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Nelfe août 12, 2015 - 9:24

J'ai adoré ce roman (et le mot est faible) comme tu le sais puisque tu avais posté un commentaire sur mon article avant de le lire.
Je suis ravie de voir que tu l'as lu malgré l'avis négatif que tu avais lu précédemment. De mon côté, j'ai été absolument séduite par l'histoire, la poésie des mots, la façon d'appréhender les choses par les personnages principaux, l'ambiance…
Tu peux maintenant lire mon billet autrement qu'en diagonale 😉
http://cafardsathome.canalblog.com/archives/2015/06/30/32265991.html

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Eva Sherlev août 12, 2015 - 9:24

le billet de Jérôme m'avait beaucoup refroidie, et j'avais rayé ce roman de ma wish-list…mais ton billet est très beau et zou, le roman réapparaît sur la liste 🙂 (oui je suis une girouette :))

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Electra août 12, 2015 - 9:25

Tout pareil ! Impossible pour moi de résister à cette histoire, la poésie et la magie et puis tout le thème de l'apprentissage (j'aurais adoré passer mes journées au muséum d'histoire naturelle ! ) Un très grand livre !

et zou je retourne sur ton billet !

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Electra août 12, 2015 - 9:26

Oui il m'avait aussi fait peur ! Pourtant il a des enfants .. car pour moi, c'est vraiment à travers leur regard et leur apprentissage que j'ai appréhendé ce livre et c'est tout simplement magnifique ! Et j'adore les girouettes ! Bonne décision !

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luocine août 12, 2015 - 3:20

Quelle chance tu as de pouvoir lire avec le même plaisir dans deux langues; comme j'habite en face de Saint Malo je suis certaine que ce livre sera sur les rayons de ma médiathèque, je le lirai donc.

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Electra août 12, 2015 - 3:21

Oui je le sais ! Je n'ai pas à me soucier de la langue si je veux lire un livre (en anglais) .. Oui, vu l'histoire, il est certain qu'il va apparaitre bientôt dans les rayons de ta médiathèque ! L'auteur y rend hommage (il a eu l'idée à la suite d'un voyage à St Malo et a eu un coup de foudre pour la ville).

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Gwen Coelho août 12, 2015 - 8:20

Bonjour,
Très bon article que celui de votre avis sur ce livre. Ce livre est en effet un excellent roman, l'écriture de Antony Doerr est tout simplement délicieuse. J'aime ces auteurs qui font passer leurs émotions dans leur écriture comme Laurent Gaudé, José Luis Peixoto … ! Une écriture vivante, émouvante…

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Electra août 13, 2015 - 7:37

Merci !
Oui surtout lorsqu'ils arrivent à nous transporter ailleurs ! J'aime aussi son écriture fluide et accessible. Un très joli moment.

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Galéa sous les galets août 14, 2015 - 7:28

Tu sais que je me demande si la traduction n'a pas fait perdre à ce livre sa saveur, car j'ai lu une demi-douzaine de billets de ceux qui l'ont lu en Français, et on est TRES loin non seulement de ton enthousiasme, mais également des thématiques que tu abordes. Là j'ai envie de me jeter dessus, alors que beaucoup avait trouvé cela un peu facile….J'aime tout ce que tu présentes: la soif d'apprendre, la période troublée, la montée tragique de la guerre et surtout…Saint Malo
je regrette beaucoup de ne pas pouvoir lire en VO mine de rien.

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Electra août 14, 2015 - 8:52

Je me suis aussi posée la question vu les avis très mitigés (dont celui de Jérôme) .. ainsi je partais un peu à reculons et puis pas du tout ! Facile ? oui dans le sens aisé, ce n'est pas du Woolf ou du Faulkner mais le style est agréable et fluide et puis voir à travers autre chose que les yeux comme la petite Marie-Laure ! et tout ce que tu dis : la soif d'apprendre,la montée de la guerre .. la peur, mais les rêves aussi !et l'infini et Saint Malo !

Pour autant, Nelfe l'a lu en français et pareil que moi : totalement enchantée
voici le lien vers son article :
http://cafardsathome.canalblog.com/archives/2015/06/30/32265991.html

Donc tu peux peut-être tenter l'aventure ?

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