Harold et Maude

avril 20, 2015
Harold et Maude
« Je trouve extrêmement vexant, déclara Humpty Dumpty, après un long silence, et sans regarder Alice, oui, extrêmement vexant de s’entendre traiter d’oeuf. »
De l’autre côté du miroir, 
Lewis Caroll
Clairement tout le monde, ou presque, connaît le film Harold et Maude, réalisé en 1971 par Hal Hashby. Le film est représentatif des années 70 : free spirit, spontanéité et une certaine poésie à l’opposé des conventions sociales de l’époque.  Pour ma part, je l’ai vu adolescente et il m’a profondément marqué.

Lors de sa sortie, il avait défrayé la chronique puis il est devenu culte. L’auteur, Colin Higgins avait signé ce scénario extraordinaire, mettant en scène un jeune homme de 19 ans fasciné par le morbide, les cimetières et Maude, une excentrique femme de 79 ans, toujours prête à faire les quatre cent coups. Leur rencontre provoqua des étincelles et le jeune homme en tomba raide dingue amoureux. Au grand dam de sa famille …

Mais remettons les choses dans leur contexte : Harold est un jeune homme de bonne fortune. Il a grandi protégé par sa mère (tout autant excentrique dans son genre) et un oncle dans l’Armée. Le jeune homme a été expulsé de son lycée pour avoir fait exploser le laboratoire de chimie (et détruit tout une partie du bâtiment). Depuis, il profite de son temps libre pour rouler en corbillard et assister à des enterrements où il ne connaît personne et surtout mettre en scène de faux suicides pour surprendre sa mère. La première scène commence justement par la fausse pendaison d’Harold et sa mère qui, habituée à la chose (n’en est-il pas à sa dix-septième tentative?) le remarque à peine.  J’avoue que j’ai eu du plaisir à suivre toutes les tentatives d’Harold et la réaction de sa mère. J’ai adoré le personnage de la mère. Celle-ci ne cesse de se demander d’où Harold tient ce tempérament si atypique, mais d’elle bien entendu !
Désolée de voir son fils sans ami, sans vie sociale, elle hésite à l’envoyer à l’armée sur les conseils de l’Oncle (L’armée fera de lui un homme). Elle tentera par la suite de le marier en sollicitant une agence matrimoniale, préparez-vous à bien rigoler. Harold doit aussi venir s’épancher toutes les semaines chez un thérapeute qui lui-même est dépassé par le comportement du jeune homme.

Un jour alors qu’il assiste à un enterrement, il remarque une dame âgée (elle a les cheveux blancs dans le roman) qui mange des réglisses sans se soucier du reste et lui fait signe. Lorsqu’il la retrouve à un autre enterrement, tous deux découvrent leur passion commune pour ce genre d’évènements. Maude, à l’inverse d’Harold adore la vie. Elle profite de chaque journée au maximum. Elle n’a pas son permis mais roule chaque jour dans une voiture volée, elle pose nue pour un sculpteur qui travaille sur un bloc de glace, elle monte dans les arbres. Elle cache aussi le tatouage qui révèle un passé douloureux (les camps de concentration). Maude va bouleverser la vie morne et sans but d’Harold.

Il est clair qu’en lisant le roman (né d’un scénario), les images du film n’ont cessé de me revenir. J’avais adoré le film et ici j’éprouve à nouveau une grande tendresse pour Maude.
Le film devenu culte aura inspiré les journalistes ou romanciers (les Harolds désignaient ainsi les adolescents obsédés par les cimetières et les enterrements). Dougland Coupland, l’écrivain canadien alla jusqu’à créer le néologisme to harold pour décrire cette activité étrange.

Quand à moi, j’ai pensé de suite à Restless, de Gus Van Sant où deux jeunes se rencontrent justement dans un cimetière, Enoch (qui est un Harolds) et une jeune femme gravement malade (Mia Wasikowska). Un autre film que je vous conseille très chaudement (bon je suis fan de Van Sant donc je ne suis pas très objective).

Le livre, publié après la sortie du film lui est fidèle et la fin est toujours aussi émouvante. J’ai juste dorénavant très envie de revoir le film (que je possède).  Pour les curieux, vous pouvez voir la bande-annonce ici.

Cat Stevens avait signé la musique et j’adore la chanson du générique :

Well, if you want to sing out, sing out
And if you want to be free, be free
‘Cause there’s a million things to be
You know that there are

And if you want to live high, live high
And if you want to live low, live low
‘Cause there’s a million ways to go
You know that there are

You can do what you want
The opportunity’s on
And if you can find a new way
You can do it today
You can make it all true
And you can make it undo
you see ah ah ah
its easy ah ah ah
You only need to know

Well if you want to say yes, say yes……..
 
 
Editions Folio, traduction Jane Fillion, 155 pages
8 commentaires
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8 commentaires

Gabriel avril 20, 2015 - 1:49

C'est drôle parce que je n'aurais pas été porté à aller vers le livre, mais tu me donnes très envie de le lire!

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Electra avril 20, 2015 - 1:50

Je l'ai trouvé chez Emmaüs – donc le prix n'était pas un souci (et je l'ai vu depuis à la médiathèque). Il est fidèle au livre et permet d'oublier la différence d'âge (on n'a pas les images..)

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Jackie Brown avril 20, 2015 - 3:09

J'avais lu un extrait du livre dans mon livre d'anglais et j'avais emprunté le film. Malheureusement, je n'avais pas trop apprécié parce que j'ai toujours trouvé que Ruth Gordon en faisait trop. On voit que c'était une actrice du muet et de théâtre.

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Electra avril 20, 2015 - 3:12

Oh ça ne m'a jamais dérangé, je trouvais qu'elle devait au contraire être extravertie pour faire ressortir le côté ennuyeux du personnage masculin.
De plus, je connais pas mal de "mamies" très affables et coquettes.
Puis, j'ai toujours remis le film dans le contexte des années 70 – où les voitures étaient laissées ouvertes avec les clés à l'intérieur.. une autre époque !

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Marie-Claude Rioux avril 21, 2015 - 6:21

Ah! Que de souvenirs… Un roman et un film fabuleux, dont ton billet rend bien compte. Merci pour ce rappel d'un très agréable moment. Du coup, j'ai très très envie de découvrir Restless, de Gus Van Sant.

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Electra avril 21, 2015 - 7:32

Oh oui, il faut que tu découvres ce film comme toute l’œuvre de Van Sant d'ailleurs. J'adore Paranoïd Park et Elephant – je trouve qu'il filme les adolescents comme personne d'autre (et tous ses autres films également) !

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OhOcéane avril 22, 2015 - 6:21

Je n'ai jamais lu roman, j'ai tant adoré le film que je crois ne jamais lire le livre. D'habitude c'est le phénomène inverse 🙂
Comme toi, en découvrant il y a quelques années les films de Gus Van Sant j'ai pensé à Harold et Maud, et à son traitement particulier de l'adolescence.
Tiens, j'ai envie de revoir le film 🙂

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Electra avril 22, 2015 - 8:05

Comme je le dis, le roman est ici né après le film mais il est aussi passionnant 😉

Moi j'ai envie de revoir les Van Sant à force d'en parler !

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