Pétronille

février 3, 2015
Pétronille
 

« L’ivresse ne s’improvise pas. Elle relève de l’art, qui exige don et souci. Boire au hasard ne mène nulle part.
Si la première cuite est si souvent miraculeuse, c’est uniquement grâce à la fameuse chance du débutant : par définition, elle ne se reproduira pas ».

 

ll n’est plus nécessaire de présenter Amélie Nothomb au public. De surcroît, cet auteur belge ne laisse personne indifférent : on l’aime ou pas. Je fais partie de la première catégorie même si j’ai découvert son œuvre bien après tout le monde, un été où j’avais accepté d’être la nounou pour 3 semaines d’un joli bébé de 3 mois. Ses siestes ont été propices à de longs moments de lecture, livres pris au hasard dans la bibliothèque de ses parents. Et c’est ainsi que j’ai découvert le cas Nothomb. 
 
Pourtant, au vu de mes lectures, ses romans ne semblent adaptés à mes goûts. Romans très courts, parfois un peu trop vite emballés mais j’y trouve pourtant ce quelque chose qui me procure l’agréable sensation d’avoir 8 ans et de voler un bonbon à la boulangère sans qu’elle ne s’en aperçoive. 
 
Pétronille se détache de ses précédents romans, puisque la romancière aborde ici des pans de sa propre vie, elle y mélange avec délectation réel et imaginaire et offre au lecteur une vision de sa propre vie tout en l’agrémentant de bonnes doses de fous rires. 
 
L’histoire ? Elle commence il y a une quinzaine d’années lorsque la romancière croise lors d’une séance de dédicace une jeune femme effacée, au prénom singulier, Pétronille. Les deux jeunes femmes ont alors déjà entamé une relation épistolaire et vivent un coup de foudre littéraire. Quelques années plus tard, Amélie, au travers de sa passion partagée pour le champagne, décrit cette amitié qui la lie à cette autre écrivain (Pétronille Fanto a publié depuis plusieurs romans) et à travers ce récit disserte sur le succès ou l’absence de ce dernier et la manière de le vivre. 
 
Les deux femmes ne cessent de se chamailler et on rit beaucoup. Fille de diplomate, Amélie est sous le charme de son amie, dont les parents sont prolétaires et communistes, elle est impressionnée par le talent de la timide jeune fille et accepte le tutoiement (on apprend beaucoup de choses sur la romancière belge). A l’admiration succède la compétition, Pétronille souffre de ne pas voir ses oeuvres reconnues (elles le sont par d’autres auteurs mais pas commercialement), Amélie semble être au-dessus de ces questions. 
 
Comme le champagne, ici tout pétille, le duo enchaine les situations cocasses et sait à travers certains dialogues et même certains silences faire émerger une critique du monde très élitiste de l’édition. 
 
Il est clair que si vous n’aimez pas les livres d’Amélie Nothomb, quoique ce coup-ci, on soit plus dans une sorte de journal autobiographique (avec toujours un soupçon d’irréel) et surtout si vous n’êtes pas fan de la « personne », alors passez votre chemin. J’ai, pour ma part, une grande affection et curiosité pour cette oiseau nippon qui est venu un jour me rappeler qu’il fallait s’assumer. Amélie a l’art de l’auto-dérision, ainsi lorsqu’elle dit qu’elle sait parfaitement qu’elle est la seule à souhaiter, dans toute l’Europe, le retour de la fraise comme accessoire vestimentaire ou lorsqu’elle raconte sa terrible rencontre avec la créatrice britannique Vivienne Westwood. 
 
Lors de sa participation à la Grande Librairie, François Busnel citait cet extrait du roman lorsque Pétronille lui dit que « si ses romans trouvent éditeur alors tout le monde peut écrire ». Amélie Nothomb avait apprécié cette remarque quand d’autres en auraient été terriblement affectés. 
 
Je ne peux pas finir ce billet sans vous dire qu’il y a quelques jours, j’ai réussi à faire moi aussi, ma Pétronille, en allant à la rencontre de l’auteur. J’ai toujours su qu’Amélie Nothomb répondait au courrier des lecteurs et a même entamé plusieurs correspondances, qu’elle connaît très bien ses fans.  Je ne lui ai jamais écrit. 

Je ne pensais pas du tout être intimidée par l’écrivain lorsque je me suis présentée à la librairie Coiffard (rue de la Fosse à Nantes). La queue était longue (j’étais tout proche de la sortie, à l’autre bout de l’endroit désigné pour y tenir les dédicaces) et j’ai donc attendu une bonne heure. Mais qu’importe, patienter dans une libraire est un plaisir presque masochiste, j’ai eu tout loisir de regarder, toucher et lire les quatrièmes de couverture de nombreux ouvrages et d’en repérer plusieurs (dont 2 achetés).
 
Et puis, alors que j’attendais à peine depuis dix minutes, une voix familière a surgi derrière moi, elle s’adressait à mon voisin de file d’attente, pas de doute, c’était elle ! Habillée tout en noir, coiffée d’un chapeau haut de forme, la voilà ! Identique à celle vu à la télévision, joyeuse, impertinente et qui dit bonjour à tous ses fans. Au fur et à mesure que je m’avançais, je la voyais de mieux en mieux rire, signer des dédicaces, accepter les photos tout en sirotant une coupe de…. champagne.
 
Me voilà la prochaine, toute intimidée – je n’ose rien lui dire, pourtant un échange s’installe, ma voix tremblote (ce qui me déstabilise, moi qui rencontre grosses pointures ou sportifs et qui ne ressent rien) puis elle accepte de poser avec moi…pour la gloire ! 

Elle m’a confortée dans l’idée que son livre est bien plus proche de la réalité que de l’irréel, et que le champagne lui a permis ici, dans un état second, de se livrer plus qu’elle ne l’aurait fait a jeun. 

Je tiens à la remercier de m’avoir dédicacé ces jolis mots : « Pour Electra, ma lectrice d’au-dessus les nuages ».

Ça vaut bien une coupe de champagne, non ?

 

 Éditions Albin Michel, 180 pages
2 commentaires
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2 commentaires

OhOcéane février 4, 2015 - 9:40

C'est fou comme on a eu un ressenti complètement opposé de ce roman ! Bon, y a pas à dire, je ne change pas d'avis (négatif) sur elle, mais au moins je lui reconnais de savoir créer le lien avec ses lecteurs 🙂

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Electra février 4, 2015 - 9:41

C'est amusant, comme je le disais au début de ma chronique, ça passe ou ça casse ! Moi je l'adore mais je sais qu'elle perturbe beaucoup de monde. Pour le lien, je crois que c'est la seule auteure à répondre au courrier de ses lecteurs 😉

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