En finir avec Eddy Bellegueule

novembre 30, 2014
J’ai lu ce livre d’une seule traite, ce matin. Réveillée à 8h00, je l’ai terminé à 9h20 – presque assommée par cette lecture. J’avais lu deux ou trois critiques du livre, et j’avais très envie de le découvrir. Alors quand une collègue s’est proposé de me le prêter, j’étais ravie. Mais j’ignorais que cette lecture serait aussi violente

Edouard Louis a 21 ans – Eddy Bellegueule, c’est lui. Enfin, c’était lui – parce qu’un jour, il lui a dit définitivement adieu. Un nom pareil ça ne s’invente pas, et pourtant c’est celui qu’il a réellement porté, jusqu’à ce qu’à 17 ans, il quitte son village, sa famille, les gens du village pour la grande ville, Amiens. Il m’est difficile d’écrire « une critique » sur ce livre autobiographique. 

« Je suis parti en courant, tout à coup. Juste le temps d’entendre ma mère dire Qu’est-ce qui fait le débile là ?Je ne voulais pas rester à leur côté, je refusais de partager ce moment avec eux. J’étais déjà loin, je n’appartenais plus à leur monde désormais, la lettre le disait. Je suis allé dans les champs et j’ai marché une bonne partie de la nuit, la fraîcheur du Nord, les chemins de terre, l’odeur de colza, très forte à ce moment de l’année. Toute la nuit fut consacrée à l’élaboration de ma nouvelle vie loin d’ici. »
En vérité, l’insurrection contre mes parents, contre la pauvreté, contre ma classe sociale, son racisme, sa violence, ses habitudes, n’a été que seconde. Car avant de m’insurger contre le monde de mon enfance, c’est le monde de mon enfance qui s’est insurgé contre moi. Très vite j’ai été pour ma famille et les autres une source de honte, et même de dégoût. Je n’ai pas eu d’autre choix que de prendre la fuite. Ce livre est une tentative pour comprendre.

Eddy est né dans une famille très pauvre du Nord de la France, troisième enfant d’une fratrie de 5, il est très vite isolé des autres : la faute à sa voix fluette et son comportement efféminé dans un monde qui ne supporte aucune différence, quelle soit sexuelle, religieuse ou culturelle.  Eddy décrit ici la misère, une misère à la Germinal, au point qu’à certains moments j’avais l’impression que le roman avait été écrit dans les années 50 et non dans les années 90. Une vie de misère, en proie à l’échec social, la violence dans les mots, les gestes (et l’inceste) et l’abus d’alcool (le pastis étonnement) dominent la vie quotidienne.

Ici tout se reproduit de génération en génération, inexorablement : on passe du collège à l’usine. Ici on boit pour oublier. Ici on ne supporte aucune différence. Le racisme ordinaire, l’homophobie – ici tout est multiplié à l’infini. Ici tout est laid et triste. Ici les enfants grandissent vite, se saoulent, tombent enceintes ou finissent en prison. Alors quand Eddy naît, il bouscule tout sur son passage : il n’aime ni le foot, ni la télévision, ni les filles. Il est différent. 

Eddy aimerait tant être intégré, reconnu, être aimé mais pour sa survie, il va devoir faire un choix. Une histoire très forte, celle d’Eddy devenu Edouard. Un livre fort, une claque. J’allais publier ce billet en terminant sur ses mots, mais en échangeant avec ma soeur, j’ai aussi réalisé la violence des propos d’Eddy, il a 21 ans et ce livre est un véritable règlement de comptes avec sa famille. Il manque à ce roman un droit de réponse à cette famille. J’imagine mal en effet ses proches apprécier ces propos (et ces révélations sur ces incestes). Finalement, j’ai ressenti un certain malaise mais cela ne doit en aucun cas être une excuse pour ne pas lire ce témoignage, sur une autre France, très méconnue. 

Si l’histoire est extrêmement forte et violente, le style est parfois faible et surtout j’ai souffert de l’absence de chronologie (la narration fonctionne par thèmes (père, mère) pour raconter sa vie) et parfois il m’était difficile de me repérer or ici on ne court que sur une dizaine d’années de la vie d’un garçon. 


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