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Vol au-dessus d’un nid de coucou (One flew over the Cuckoo’s Nest)

“To Vik Lovell who told me dragons did not exist, then led me to their lairs …” 

« To Vik Lovell qui m’a dit que les dragons n’existaient pas, puis m’a mené jusqu’à leurs repaires… »

Ken Kesey commence ainsi son roman, suivi d’un extrait d’une chanson enfantine « one flew east, one flew west, one flew over the cuckoo’s nest” .. et hop, me voilà déjà embarquée dans un roman qui, je le sens, va profondément me marquer.  Je me souviens d’avoir vu l’adaptation cinématographique, réalisée en 1975 par Milos Forman, avec un formidable Jack Nicholson qui avait impressionné l’adolescente que j’étais à l’époque. J’ai depuis souvent croisé le roman de Ken Kesey en bibliothèque, en version française. J’ignore pourquoi mais je retournais souvent le voir tout en souhaitant le lire en anglais. J’ai vu qu’il était disponible ailleurs, en version originale mais j’avais trop à faire. C’est en arpentant les rayons des nombreuses librairies du Québec que j’ai à nouveau croisé le roman – la version française mettait en couverture une photo tirée du film plutôt laide à mon goût et quand j’ai déniché une version anglaise des années 60 avec une autre couverture (pas de film à cette époque), je n’ai pas hésité une seconde.

Le livre a rejoint ma pile d’achats (et de cadeaux) et après une pause lecture de quelques jours, il me fallait choisir une nouvelle lecture, et c’est lui qui m’a à nouveau fait signe. Je vous préviens de suite : le style de l’auteur, Ken Kesey m’a totalement emballé ! Ce type écrivait magnifiquement bien – sa prose est un régal pour tout lecteur qui aime la lecture pour l’exercice d’écriture qu’elle peut-être en soi – ajoutez-y une histoire magnifique et un narrateur étonnant puisqu’il s’agit de The Chief,  l’Indien ami de McMurphy, le héros principal.

Très vite, les images du film ont commencé à réapparaître dans mon imaginaire.  Nous voilà dans le monde du Chief. Pourquoi cet homme se fait-il passer pour sourd et muet depuis son arrivée dans cette unité psychiatrique ? Enfermé depuis presque trente ans, il est de corvée de balayage tous les jours. Le personnel le croyant sourd, l’invite à faire le ménage lors de leurs réunions où The Chief en tend leurs avis sur chaque patient. Mais des jours entiers passent où The Chief survit dans ce « brouillard » permanent – imposé par la très froide et autoritaire Miss Ratched. Celle-ci règne en maître absolu sur cette unité où chaque après-midi, elle organise une table ronde avec un pyschiatre, sorte de groupe de paroles, où le cas d’un patient en particulier est abordé. Tout est réglé à la minute près. Rien ne doit changer.

Une musique d’ambiance est diffusée à longueur de journée et les patients obéissent à cette dictature. De son côté, l’infirmière-Chef Rached reçoit les journalistes en grande pompe, leur montrant la nourriture (abondante et bonne), la propreté et jurant que dorénavant la pris en charge se base sur l’écoute et que les anciens traitements ont été arrêtés.

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Mais le Chief nous propose une toute autre vision : celle de ces hommes, ressemblant à des zombies depuis qu’ils ont subi des chocs électriques et d’autres traitements. Certains bavent, d’autres sont incapables d’être propres. Les autres, témoins de ces violences et de leurs déchéances, préfèrent rester à l’écart et n’osent jamais bravé l’autorité de l’Infirmière-Chef qui, se fendant d’un sourire mécanique, les accueille chaque matin. Alors lorsqu’un jour, McMurphy débarque, très vite son attitude est source d’ennui et de conflits et il devient l’ennemi juré de l’Infirmière-Chef bien décidée à faire rentrer dans les rangs, cet insupportable patient dont elle soupçonne qu’il a feint des troubles schizophréniques pour fuir un camp de travail.  Son placement pour une durée de six mois (mais le placement est sous la responsabilité de l’Infirmière-Chef et il peut être prolongé indéfiniment) dans cette unité de « fous » plaît bien à ce McMurphy – un joueur invétéré, très affable, qui aime se la raconter et raconter des blagues douteuses à son entourage.

L’homme met du temps à réaliser dans quel endroit il a mis les pieds et très vite il exprime son mécontentement et utilise son charme et ses nombreuses ressources pour mettre à mal l’organisation militaire de l’Infirmière-Chef. Témoin de cette guerre naissante, The Chief partage avec le lecteur ses inquiétudes. Il a déjà vu d’autres hommes tenter de faire la même chose mais ils ont toujours perdu et certains ont perdu plus qu’une simple bataille, l’un d’eux n’est-il pas aujourd’hui un zombie ? Mais le Chief se tait.

He Who Marches Out Of Step Hears Another Drum

Que dire de McMurphy ? Un homme à la carrure impressionnante, les mains calleuses, des cheveux roux hirsutes, et des sourcils blancs – Nicholson possédait néanmoins le principal : un sourire carnassier – qui va peu à peu réveiller en chaque patient son humanité ? Comme lorsque le Chief se réveille un jour avec son odorat à nouveau en fonction. Comme si l’attitude rebelle de McMurphy redonne à chacun le droit d’être ce qu’il est : un être humain, qui comme leur fait remarquer McMurphy « n’est pas plus fou que le quidam qui marche sur les trottoirs de New-York« .  Alors peu à peu le voile se lève et The Chief commence à se souvenir de son passé, de ses parties de pêche dans la Columbia ou de chasse avec son père – comment ce dernier, chef de sa tribu, a tenté pendant longtemps de lutter contre les promesses fallacieuses des hommes blancs et a fini par céder.

Man, when you lose your laugh you lose your footing.

Je pourrais écrire des tonnes sur ce roman ou vous citer des dizaines et dizaines de passages, la prose est telle et le sujet si grave, que l’on est transporté dans ce monde, très loin de la « normalité » mais où chaque pas, chaque cri, sont exacerbés comme des appels à l’aide de la part de ces hommes, oubliés de tous. Emprisonnés non pas physiquement (la majorité sont entrés volontairement) mais psychiquement et psychologiquement – ils sont devenus les jouets de cette machine infernale, menée d’une main de fer par l’impressionnante Miss Rached dont la description dans le livre vaut absolument le détour.

Un livre coup de poing et un auteur à la prose sublime.

High high in the hills , high in a pine tree bed.
She’s tracing the wind with that old hand, counting the clouds with that old chant,
Three geese in a flock
one flew east
one flew west
one flew over the cuckoo’s nest”

 A lire, absolument !

♥♥♥♥♥

Penguin Books, 1962, 325 pages

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Les loups blessés

Et un troisième ! J’enchaine les lectures dans le cadre du Challenge du Meilleur Polar de Points et après l’Angleterre et l’Italie, me voici enfin en France. Je réalise que je lis très peu de policiers français – je ne connaissais pas Christophe Molmy et il s’agit ici de son premier roman. L’homme n’écrit pas au hasard : il est chef de la BRI à Paris, service spécialisé dans la lutte contre le grand banditisme. Il a commencé sa carrière à Marseille et à longtemps travaillé à l’Office central pour la répression du banditisme.

les loups blessésAutant le dire de suite : moi et le grand banditisme, ça fait deux. Si j’aime bien de temps en temps lire ou regarder un reportage sur les grands voyous, ils ne me passionnent pas plus que ça. Et le jeu du chat et de la souris entre un flic et un voyou, encore moins. Mais bonne surprise : Christophe Molmy, en plus de maîtriser son sujet, sait très bien écrire et accrocher le lecteur. J’ai lu le roman en moins de deux prises – le rythme est là, pas de temps mort, et finalement j’ai bien aimé être embarquée avec eux pendant leurs heures de planque dans le soum (véhicule de police fantôme, dirait mon amie québécoise) ou de filature.

Le romancier ne cache rien : dès le premier chapitre, un homme est à terre, blessé. Comment en est-il arrivé là ? L’histoire peut commencer. Renan Pessac est commissaire à Paris, spécialiste du grand banditisme, il approche de la cinquantaine. Solitaire, taiseux – il n’est pas très aimé de son équipe, qui lui reproche de jouer cavalier seul et de ne pas partager les infos que lui apportent ses tontons (indics).  Jusqu’au jour où un braquage de fourgon bancaire blindé finit mal : les deux convoyeurs de fonds, dont un bleu, sont tués et les voyous en fuite.  Deux sont de jeunes caïds du 9-4, Nordine Belkiche et son jeune frère très nerveux, Imed et le troisième un jeune Corse, Doumé, qui veut faire ses preuves. C’est lui qui a tiré sans regret sur les deux convoyeurs. Nordine sait que la mort des deux convoyeurs fait de lui l’ennemi n°1, Imed part fêter leur maigre butin et se perd dans les nuits parisiennes.

Doumé retrouve alors son grand frère, Matteo Astolfi, un criminel de haut rang, « un beau mec » comme l’appelle les condés (flics). Depuis sa sortie de prison, Matteo fait le mort. Affublé d’une nouvelle identité, il vit avec sa compagne et son petit garçon et prépare ses deux derniers coups, censés lui rapporter suffisamment pour tirer un trait sur sa vie passée. Mais son jeune frangin, Doumé, vient de nouveau de mettre à mal ses plans. Il veut lui apprendre le métier mais doit déjà s’occuper de régler cette affaire.

L’enquête est menée par le commandant Lelouedec, qui doit rendre des comptes à son « taulier » (boss) Pessac dont il reproche les mystères – celui-ci lui fournit rapidement des infos glanées ci et là par ses tontons : le Grand, un type cupide, sur les nerfs, qui aiment jouer sur les deux tableaux et puis il y a Tania, une belle prostituée de luxe. A eux deux, ils fournissement suffisamment de renseignements pour que l’enquête avance : filature, planque, écoutes téléphoniques – peu à peu les noms tombent mais en même temps les braquages se multiplient.  Et les têtes commencent à tomber.

Ici, Molmy n’épargne personne : ni les flics, dont la vocation tend à se perdre avec les années, ou dont les relations avec leurs indics finissent par s’avérer dangereuses (et depuis, on pense fort à l’ancien commissaire de Lyon, incarcéré) ni les voyous.

Les voyous sont nombreux et de plusieurs catégories : les « beaux mecs » : ceux qui ont réussi et sont connus et respectés comme Matteo, et les petits trafiquants de drogue, comme les frères Belkiche qui se lancent dans un braquage de fourgon blindé, et les jeunes frangins qui veulent se faire un nom comme Doumé, en faisant tout et n’importe quoi – et les avocats qui en l’échange de billets verts acceptent de rencarder ces derniers.

Ce que j’ai aussi aimé de l’auteur c’est l’absence du manichéisme « les méchants contre les gentils », et sans tomber dans l’admiration pour les voyous qu’il traque au quotidien. Je reprends aussi ses propos : ‘‘Du respect oui, pas de l’admiration, dit-il. Pas pour ce qu’ils font, pour ce qu’ils sont, pour les hommes. Ceux qui assument leurs actes. Mais je sais aussi qu’ils n’hésiteraient pas à tirer sur un flic pour éviter la prison. » et je les nuance : aujourd’hui, les règles d’or dans l’ancien banditisme (on ne s’attaque pas aux familles, on ne tue pas impunément) sont tombées. Il suffit de voir la guerre des gangs à Marseille … 

Les personnages sont bien décrits, et si je me suis parfois posée la question de la pertinence du personnage de Carole (et de ses confessions), je comprends mieux à la toute fin. Je vais paraître insensible mais je me fiche un peu de la vie privée de ces hommes ! Même si ici, il fallait leur donner de l’épaisseur et une troisième dimension. Dont acte.

Je mets quand même un bémol à une présentation de ce roman : on est loin du duel  entre les Matteo et Pessac – si les deux hommes finissent bien par s’affronter, ce n’est pas le coeur du roman. D’ailleurs, les deux hommes ne se connaissaient pas avant cette affaire, on est donc là de l’affaire Mesrine ou l’histoire fictionnelle entre Vincent Hanna et Niel McCauley dans le sublime film de Michael Mann, Heat.

Sinon, moi qui connais peu finalement le monde du grand banditisme, je préfère les enquêtes criminelles (encore devant Poirot hier soir!), j’ai trouvé que le roman de Molmy était plutôt fidèle à ce que j’en ai lu ou vu à la télévision. Des hommes qui courent après des chimères, rêvent de fortune et de gloire, pour tomber la tête la première sous les balles des policiers. Triste constat. 

En tout cas, on ne s’ennuie pas une seconde dans ce roman, maîtrisé et bien écrit, que je vous conseille pour cet été, vous ayant dit l’inverse du précédent.

♥♥♥♥♥

Editions Points, collection Policier, 2016, 336 pages

 

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Une pause BD, ça vous tente ?

De retour de vacances, j’ai craqué et trouvé 3 bande-dessinées à la BM, dont le premier volet des aventures des Vieux Fourneaux ! Je les cherchais depuis trois mois…

  1. Ceux qui restent (volume 1) Les Vieux Fourneaux de Lupano & Cauuet

VF tome 1C’est par hasard que j’ai mis la main sur le premier volet des aventures de ces papis en allant à la BM. Quand je veux les réserver, ils sont toujours tous pris d’assaut. Il était temps que je découvre qui se cache derrière ! Pierrot, Mimile et Antoine sont amis d’enfance. La compagne vient d’Antoine vient de décéder, elle lui révèle alors son terrible secret : elle l’a trompé, il y a plus de trente ans, avec le patron de l’entreprise dont il était le pire ennemi. Délégué syndical, Antoine menait le combat contre la main-mise du patronat. Rappelez-vous les années 70 ! Anéanti par cette révélation posthume, Antoine décide d’aller abattre sur le champ l’ex-amant de sa femme, aujourd’hui en maison de retraite en Italie. Ses deux potes qui viennent de comprendre ce que leur ami veut faire, partent sur les routes, en compagnie de la petite-fille de ce dernier, enceinte jusqu’au cou .. l’aventure commence !

Je me suis amusée avec ces petits vieux au foutu caractère, entre le passé (parfois teinté de nostalgie, en particulier lorsqu’il pense à sa femme) et leurs années de combat contre le patronat et le présent, où ils s’amusent, pour certains, à encore semer le trouble, nos septuagénaires forment une joyeuse bande de troublions.

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Malgré tout, j’avoue que je suis un peu restée sur ma faim. Sans doute attendais-je trop de cette bande-dessinée dont le succès lui donnait d’emblée une très bonne note. Le scénario de Wilfrid Lupano manque à mon goût d’un peu de sel, ou est-ce du au fait qu’il prévoyait déjà une suite ? Je suis mitigée. J’adore le dessin de Paul Cauuet et même si je n’ai pas eu un énorme coup de ♥ pour cette histoire, je vais quand même lire la suite, mais avec moins d’entrain cependant.

Mon avis : ♥♥

Éditions Dargaud Benelux,56 pages, 2014

      2. L’effet Kiss pas Cool de Leslie Plée

effet kiss pas coolJe ne cherchais pas spécialement un album de Leslie Plée, mais j’avais envie de quelque chose de drôle et je n’ai pas résisté à cet album dont le second titre est « journal d’une angoissée de la vie ». Ici, Leslie raconte comment sa première crise d’angoisse a surgi alors qu’elle fêtait tout juste ses 18 ans et comment ces crises ont peu à peu gangréné sa vie quotidienne – en prenant diverses formes.  Leslie raconte avec humour et ironie ses tentatives pour expliquer ses paniques (aucune réponse et des psys plus improbables les uns que les autres), et ses « trucs » pour faire diminuer l’angoisse – ainsi, en parlant de son état elle a remarqué qu’elle va mieux. Entourée d’amis qui la font rire, elle réussira à prendre le chemin de retour vers l’école et pendant deux ans, les crises disparaissent. Pour mieux revenir plus tard : faire la queue, être seule à l’accueil (elle est libraire), répondre au téléphone ou passer son permis de conduire, tout est compliqué et douloureux.

N’étant pas sujette à ce genre d’angoisses, j’ai trouvé cet ouvrage très instructif pour mieux comprendre le calvaire vécu par ses personnes – ainsi lorsqu’elle cite en exemple une jeune femme qui pour aller à son travail préfère le bus au métro mais au résultat doit changer de bus et met trois fois plus de temps….

Au final, j’ai passé un excellent moment en compagnie de cette jeune femme qui a compris, sur le tard, que sa vie était plutôt une réussite, elle qui rêvait, dès l’âge de 6 ans d’être une personne âgée trouvant réconfortant ces vies réglées au millimètre et très très calmes.

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Mon avis : ♥♥♥

Éditions Jean-Claude Gawsewitch, 2011

           3. Fils du Soleil de Fabien Nury et Eric Henninot

fils du soleilDeuxième adaptation d’une œuvre de Jack London en bande-dessinée pour moi. Il s’agit ici de la nouvelle publiée en 1912. Jack London était de retour de sa croisière dans le Pacifique Sud, et venait de publier Martin Eden et Radieuse Aurore. Ce recueil, composé de huit nouvelles, forme l’histoire romanesque des aventures de ces capitaines de goélettes dans les mers du Sud.

À bord de sa goélette Wonder (La Merveille), David voyage entre les îles Salomon où il a établi son négoce. Homme d’affaires impitoyable mais honnête, il n’exige que ce qu’on lui doit, quitte à risquer sa vie lorsqu’il réclame une dette impayée. L’homme ne semble avoir peur de rien et une blessure ne le freine pas. Une mystérieuse vente de perles le conduit vers l’île de Hikihoho, où vit le vieux Parlay, roi autoproclamé d’une communauté indigène… Grief n’a pas été invité à cette vente. Il connaît bien Parlay et se souvient de sa fille, une magnifique métis dont il s’était amouraché il y  a des années.  Grief décide d’y aller malgré les menaces. C’est là que ces hommes, truands ou escrocs pour la plupart, aux prises avec leurs démons vont être confrontés à la violence dévastatrice d’un ouragan.

J ‘ai beaucoup aimé l’histoire et le dessin d’Eric Henninot – j’avoue que le héros ressemble parfois presque à une gravure de mode mais les autres personnages sont très bien représentés et l’histoire se suit avec plaisir. Le coup de crayon sied à l’histoire. D’un point de vue scénaristique, l’adaptation de Fabien Nury fonctionne bien et j’aime la retranscription du sentiment de folie qui règne dans ces îles inhospitalières. Sur fond de guerres coloniales, d’esclavagisme et de luttes de pouvoir, London rend un hommage appuyé à R.L Stevenson et à Daniel Defoe et à ce volet peur reluisant de l’histoire coloniale.

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Mon avis : ♥♥♥

Éditions Dargaud, 79 pages, 2014