Mon premier Salon du Livre à Paris

J’ai hésité avant d’aller au Salon du Livre, surtout après les dernières éditions où plusieurs blogueurs avaient fait part de leur déception : le prix exorbitant (12 €) et l’an dernier, l’impossibilité d’emporter ses livres pour les faire dédicacer. Mais je voulais tenter l’expérience et le hasard a bien fait les choses : j’ai eu la chance d’être invitée à une rencontre avec Leye Adenle, auteur nigérian. Je n’ai donc pas eu à payer l’entrée.

Arrivée la veille à Paris, j’ai décidé de me faire plaisir en visitant 4 librairies anglophones – dont trois proposent aussi des ouvrages d’occasion. Je vous rédige un autre billet spécifique les concernant et les achats qui en ont découlé, car forcément il y a eu des achats !

Le samedi matin, je me suis donc rendue au Salon – en tramway. J’avoue que j’étais surprise de voir autant de jeunes, déguisés, oui déguisés – en fait, le salon du Cosplay avait lieu juste à côté ! En sortant, je suis allée faire la queue. J’étais inquiète, car je voulais arriver à l’heure, mais une fois les portes ouvertes, cela a été plutôt rapide – en vingt minutes, j’étais à l’intérieur. J’ai fait un tour rapide des lieux, repérer les toilettes, les coins pique-nique et les stands de mes éditeurs préférés. Les allées étaient très calmes, et j’étais comme un enfant dans une confiserie ! Voir autant de livres rassemblés au même endroit – quel plaisir des yeux !

Puis je suis allée au centre de presse où m’attendait l’attachée de presse et l’auteur nigérian (un billet relatant notre rencontre à venir). Nous étions six blogueurs invités – j’ai eu la chance de pouvoir échanger quelques minutes avant le début de la rencontre et il est vraiment aimable, intelligent, passionné  et a beaucoup d’humour. Ce fut aussi l’occasion d’y retrouver Jérôme !

Et ce dernier a été très gentil puisqu’il m’a servi de guide à travers les allées et a répondu à toutes mes questions, sur le salon, son organisation mais aussi sur le monde de l’édition, des blogueurs. Et pour le déjeuner, Eva nous a rejoint 🙂 J’étais ravie de la revoir après notre rencontre au Festival America. Puis ce fut au tour de Delphine-Olympe de se joindre à nous. Une très belle après-midi même si les allées ont été envahies – il est clair qu’il faut privilégier les matins ou le vendredi.

Mon sentiment sur le salon ? Je rejoins l’avis d’Eva – je trouve le prix relativement cher – quand je pense à tous les festivals qui sont gratuits – j’aimerais avoir accès à leur bilan pour savoir où va l’argent puisque les éditeurs doivent également payer pour bénéficier d’un stand. J’ai été surprise par le nombre d’auteurs présents sur le salon par contre ! Ils y viennent tous. J’ai croisé tant de personnalités, certains acteurs, chanteurs, présentateurs télés… Et puis ce qui m’a le plus surpris ce sont les immenses queues d’adolescents ou de jeunes adultes pour des auteurs qui me sont totalement inconnus (auteurs de YA ou de Fantasy). L’entrée pour les mineurs est gratuite, fort heureusement ! Et c’est rassurant de voir autant de jeunes aimer lire. Et les organisateurs ont revu leurs copies : les gens pouvaient venir avec leurs propres livres. Enfin, le lieu (surtout le matin) est agréable et le stand dédié au Maroc était magnifique. Je n’ai assisté à aucune conférence.

J’ai eu la chance d’échanger quelques mots avec Héléna Noguerra (venue pour dédicacer une BD jeunesse). Je l’avais vue lors de sa venue à Nantes lorsqu’elle avait donné un très joli concert au Passage Pommeraye. Elle est adorable (en plus d’être très belle). J’ai appris que Julia Kerninon était invitée (le dimanche je crois?) mais l’ayant déjà rencontrée à Nantes, le seul auteur français qui me faisait envie était Antonin Varenne. Et quelle chance, il était là, au stand Albin Michel, et j’ai pu discuté près de dix minutes avec lui – sur ses romans, ses personnages, et son prochain roman ! Il m’a laissé un mot adorable (je n’avais pas son dernier roman, laissé chez moi, mais j’ai mon carnet noir fétiche). On a aussi parlé du fait qu’il alterne entre romans historiques d’aventure et polars. Un homme charmant dont les yeux bleus n’ont pas échappé à Eva et à Delphine ! J’ai eu aussi l’occasion d’échanger quelques mots avec Philip Meyer et Louise Erdrich, qui était très timide. Je l’ai trouvée assez différente de son passage à la grande librairie. Meyer m’a dit qu’il n’avait pas eu le temps de se remettre à écrire, étant occupé à adapter son roman, Le fils, pour la télévision. La série sera diffusée d’ici peu outre-Atlantique.

Puis je suis retournée avec mes comparses sur le stand du Québec, c’est là qu’en regardant les romans de Larry Tremblay, nous avons réalisé qu’il était assis là ! Nous avons parlé de Nantes, du festival Atlantide et du nombre de bars dans ma ville, et des auteurs québécois (romans et BD), d’ailleurs il n’a pas vraiment aimé l’adaptation au cinéma de la BD Paul. Je le rejoins là-dessus. Jérôme est un puits de sciences en matière BD donc ils ont bien papoté. Eva mitraillait tous les auteurs – on a compris que le petit homme assis, faisant face à des dizaines d’appareils photos était Gérard Jugnot – plus loin Julien Lepers faisait le coq.

J’avais acheté le matin, en compagnie de Jérôme, un roman de Tanguy Viel, que j’avais loupé de peu à Nantes. En retournant au stand, surprise il était là ! Eva était ravie car le matin même elle enregistrait son podcast dont l’un des trois romans était le sien. Il est très sympa et moi j’ai pu lui faire dédicacer son roman – me reste à découvrir son oeuvre.

Il était près de 17h et mes pieds, déjà bien fatigués par mes déambulations de la veille, ont crié stop ! En sortant, Paris, sous le soleil, 18 degrés, m’attendait. Une terrasse avec une menthe à l’eau et c’était le bonheur. De retour à l’hôtel, où je me suis délestée de mes derniers sacs, j’ai eu un dernier réflex : filer dans une dernière bouquinerie, située à moins de dix minutes de mon hôtel et hop 5 achats !

Je vous mets ici en photo, mes achats faits au Salon du Livre uniquement :

Fan Man de William Ktozwinkle (un classique publié en 1974) et Little America de Rob Swigart dont la quatrième de couverture a tout de suite suscité mon intérêt, comme les agents de l’éditeur, Cambourakis ! ◊ La disparition de Jim Sullivan de Tanguy Viel, le roman « américain » parait-il, hâte de le découvrir (dédicacé) ◊ Louise Erdrich avec La décapotable rouge qu’il me reste encore à lire (dédicacée) ◊ J’ai envie de prêter Le fils de Philip Meyer et en Poche c’est parfait ! (dédicacé) ◊ Le dernier roman de Larry Tremblay, L’impureté (dédicacé)

et un grand merci à mes formidables accompagnateurs : 

Piégée ∴ Lilja Sigurdardóttir

Je n’avais pas prévu de retourner si vite en Islande, mais je n’ai pas pu dire non à ce roman de Lilja Sigurdardóttir. Intriguée par l’histoire, j’ai découvert en lisant la quatrième de couverture qu’il s’agit en fait d’une trilogie.

La romancière nous offre un thriller original et prenant dont l’histoire se passe pendant l’hiver 2010-2011, un temps particulier pour les Islandais : le pays est sous le choc d’un immense krach boursier qui a détruit l’économie et toujours couvert des cendres du fameux volcan Eyjafjöll qui a paralysé pendant plusieurs jours le trafic aérien européen.

Sonja est la mère de Tómas, âgé de neuf ans, qu’elle ne peut voir que le week-end, son père en ayant la garde. Pourtant Tómas rêve de vivre auprès de sa mère, malheureusement celle-ci a cumulé les problèmes depuis que son ex-conjoint l’a trouvé au lit avec une autre femme. Suivant les conseils d’un avocat, sans travail et sans argent, elle accepte de laisser la garde de son fils à son père pour une période de deux ans. Le temps passant, elle réalise qu’elle ne pourra sans doute pas récupérer la garde si facilement. Sans travail, elle accepte la proposition de l’avocat : devenir une mule, une passeuse de drogue (cocaïne) afin d’avoir assez d’argent pour récupérer la garde de son fils.

Et Sonja est plutôt douée – habillée en femme d’affaires, elle prend régulièrement l’avion pour l’Angleterre ou le Danemark, en utilisant de fins stratagèmes pour tromper les douaniers. Sonja joue gros – des années de prison, la perte définitive de la garde de son fils, mais elle trouve aussi grisant d’accomplir ce défi si particulier. Malheureusement pour elle, elle découvre bientôt qu’il lui est impossible de cesser ce trafic et son commanditaire la force même à prendre un risque insensé dans une nouvelle mission.

Sa vie amoureuse ne va pas mieux, elle continue de voir cette femme plus âgée, qui n’admet pas qu’elle est homosexuelle et refuse qu’on les voit ensemble. Cette femme est pourtant totalement accro à Sonja mais elle doit elle-même faire face à de sérieux problèmes. Son entreprise de courtage, ses proches collaborateurs et elle-même sont mis en cause par la justice islandaise pour avoir participé à ce krach boursier. Son patron lui demande de protéger l’un des leurs et d’accepter d’endosser en partie la responsabilité et donc risquer la prison. Elle hésite et se refuse à en parler à Sonja, ne rêvant que de se retrouver dans ses bras.

Mais Sonja n’a plus la tête à ça, ayant compris que l’avocat refusait de la laisser partir, Sonja doit réfléchir à une solution de repli. Elle doit faire preuve d’inventivité, tout en préservant son lien fragile avec son fils, son ex-conjoint ne cessant de la menacer de lui retirer son droit de visite.

Elle n’a d’ailleurs pas remarqué, que depuis quelques semaines, Bragi, douanier à l’aéroport de Keflavík, la suit. L’homme est intrigué par son allure si élégante et son pas décidé. D’ailleurs, Bragi passe à l’action mais la fouille ne révèle rien.  Il est pourtant certain qu’elle a passé de la drogue, comment faire pour la coincer ? Bragi est proche de la retraite, et la crise économique frappant le pays, on lui demande d’accélérer son départ, mais il refuse. Il déteste retrouver son appartement vide le soir après le travail, et continue de culpabiliser d’avoir du placer son épouse, atteinte de la maladie d’Alzheimer dans un centre de soins public.

Je n’en dirais pas plus sinon que j’ai trouvé les personnages attachants même si Sonja et son amie sont parfois très froides et calculatrices, reste qu’on comprend aisément les pressions qu’elles subissent et leurs réactions sont logiques. L’histoire est originale, l’auteure nous embarquant dans une intrigue où trois protagonistes, très différents, doivent faire face à des défis personnels et professionnels les poussant dans leur retranchement ou au contraire les poussant à aller chercher au plus profond d’eux-même une solution définitive à leurs problèmes.

Mon seul bémol serait peut-être l’écriture – le style est parfois un peu trop simple mais l’histoire est vraiment prenante. Autre point positif : la relation de Sonja avec son fils. Un excellent page-turner avec des personnages attachants et travaillés, pas seulement esquissés comme dans bon nombre de polars avec en fond d’écran, une Islande différente, totalement défaite par la crise.

L’auteur est célèbre dans son pays, Piégée n’est pas son premier roman et son oeuvre la plus célèbre est en fait une pièce de théâtre.

Nul doute que je lirai la suite ! J’ignore par contre à quelle date elle sera publiée.

♥♥♥♥♥

Éditions Métailié, Gildran, trad. Jean-Christophe Salaün, 336 pages

Une année dans la vie de Johnsey Cunliffe ∴ Donal Ryan

L’avis très enchanté de Marie-Claude sur le premier roman de l’auteur irlandais Donal Ryan, Le coeur qui tourne, m’avait poussé à le demander au Père Noël. Et la chance me souriant, est arrivé dans ma boîte aux lettres, son second roman.

Johnsey est un jeune homme d’une vingtaine d’années qui vit à la ferme, avec ses parents. Le garçon travaille à la coopérative du village comme manutentionnaire. Il est né différent,  pas très intelligent, gauche, naïf. Johnsey est ce que l’on appelle « un simple d’esprit ». Pourtant, Johnsey pense tout le temps. Il est le narrateur de sa propre histoire et se sent enfermé, prisonnier de de ce corps, de ce cerveau, qui l’empêchent d’être comme les autres, d’avoir de la répartie, de pouvoir s’exprimer, plaisanter, draguer ou défendre un point de vue.  Et tous les soirs, il croise la route d’Eugene Penrose et de sa bande. Enfants, ils étaient amis puis les années ont passé. Au chômage, Eugene passe son temps à boire et à se défouler sur le pauvre Johnsey qui se laisse toujours faire.

Johnsey est pourtant aimé par ses parents, et leurs amis dont Paddy Rourke, un homme bourru et peu bavard, et surtout les Unthank, boulangers, qui lui fournissent tous les jours son déjeuner. Quand son père décède du cancer, ils sont là pour aider sa mère, Sarah, à organiser les funérailles. Le choc est grand pour Johnsey qui se souvient de cet homme qui l’a toujours aimé et soutenu malgré sa différence. Mais sa mère n’est plus la même, elle se laisse dépérir. Johnsey n’a plus qu’elle lorsqu’elle décède subitement. Le voilà seul, orphelin.

Johnsey Cunliffe est soutenu par les Unthank mais la solitude lui pèse énormément dans cette ferme où tout lui rappelle ses parents. Lorsque les McDermott, qui louent les terres depuis des années viennent lui parler de rachat, Johnsey ignore quoi répondre. Le sort s’acharne contre lui : un consortium promet la prospérité au villageois en échange du rachat de leurs terres, dont celles des Cunliffe. Mais Johnsey ignore quoi faire. Il n’a toujours connu que la ferme, cette maison, cette grange. Incapable de se résoudre à vendre – il croit trahir ses parents – il s’attire peu à peu la haine des villageois.

Bob O’Mahony poses while Dan O’Mahony carries straw off to a stable on their farm in County Cork, Ireland on April 9, 2008.

Et le sort semble s’acharner sur Johnsey lorsqu’il croise un soir à nouveau la route d’Eugene, dont le groupe s’est affublé d’un jeune de la ville (il porte « un bas de jogging avec les chaussettes par-dessus »). Les insultes crachent, sur ses prétendues richesses de fermier, Johnsey ne dit rien, ne se défend pas mais les coups cette fois-ci sont beaucoup plus violents. Hospitalisé, Johnsey va trouver un refuge dans cette chambre double. Aveugle pendant plusieurs semaines, il va tomber amoureux de la voix douce de l’infirmière qui s’occupe de lui et va faire la connaissance de Dave, un ouvrier qui s’est gravement blessé en chutant d’un échafaudage. Petit mais fort en gueule, Dave parle pour les deux. Il a l’humour grivois mais Johnsey, élevé par une mère pieuse et très croyante, en fait son affaire, trop content d’avoir enfin un ami.

Une fois guéri, Dave vient souvent chez lui – ce dernier l’emmène même dans un bar, le fait boire et surtout lui parle des femmes, et Siobhan, l’infirmière, fait même une apparition. La vie de Johnsey semble peu à peu prendre un sens jusqu’à un fameux article dans la presse, et le voilà de nouveau au centre de l’attention, et de la haine.

Donal Ryan livre ici un portrait de l’Irlande d’aujourd’hui sombre mais réaliste. Un pays déchiré entre modernité et tradition, entre cupidité et valeurs morales, et le récit bouleversant, plein de nuances, d’un jeune homme, différent, qui paie le prix fort. Tout au long du roman, Johnsey ne cesse de chercher un sens à sa vie, de se poser les bonnes questions – de se mordre les doigts, de se haïr pour cette paralysie verbale et physique qui le contrôle. Surprotégé par son père, selon Paddy, ou tout simplement incapable de faire autrement, Johnsey ne sait ni répondre, ni se défendre face à la haine des autres. Il encaisse les coups comme un boxeur acculé au fond du ring.

Johnsey voudrait tant appartenir à ce monde, qui sous la plume de Donal Ryan, n’a plus de sens.

Une année dans la vie de Johnsey Cunliffe raconte en douze mois, de janvier à décembre, le combat quotidien de ce jeune homme pour trouver sa place dans ce village, pour trouver un sens à donner à cette vie. Un portrait très touchant et qui vous prend à la gorge.

Je ne connaissais pas encore la plume de Donal Ryan, j’ai beaucoup aimé. J’ai trouvé ma lecture parfois pesante car les pensées de Johnsey sont si sombres, si noires qu’il est difficile de ne pas sentir à son tour, écrasé par tout ce poids. Mais le talent de Donal Ryan est de ne pas céder à l’attrait du mélodrame.

J’ai à présent, hâte de lire son premier roman, qui m’attend sagement dans ma pile de lecture.

♥♥♥♥

Editions Albin Michel, 2017, The thing about December, trad. Marina Boraso,304 pages