Les doutes d’Avraham ∴ Dror Mishani

En premier lieu, il me hâtait de retrouver Avraham dans cette troisième enquête ! Mon enthousiasme fut momentanément refroidi lorsque Marie-Claude déclara avoir abandonné sa lecture. Fort heureusement, Eva livra une chronique enchantée et le livre était enfin disponible à la BM. J’avais encore en tête sa précédente enquête (La violence en embuscade).

Dror Mishani a un style très particulier, et j’avoue avoir ressenti une émotion particulière en lisant les premiers mots ! La même atmosphère, le même rythme et ce jeu de miroirs : on suit plusieurs personnages, en sachant que leur route finira par se croiser. Et, un peu comme dans la série télévisée Colombo, le lecteur découvre vite qui est le meurtrier mais son talent est de réussir, comme dans la série, à maintenir la pression sur les personnages, faire monter la tension et surtout s’amuser avec ses lecteurs.

Avraham est dans un état particulier : sa petite amie tchèque a posé ses valises chez lui. Et il a été promu chef de la section des homicides. Avraham veut tout bien faire, et se pose inutilement la pression. Et lorsque son amie lui annonce la visite de ses parents, Avraham a du mal à tout gérer.

La victime est une veuve sexagénaire. Elle a été retrouvée étranglée dans son appartement de Tel-Aviv. Deux faits particuliers perturbent notre enquêteur : en premier, un voisin a vu un policier descendre l’escalier de l’immeuble et partir à pied. Or aucun commissariat n’a trace d’un appel les menant à cet immeuble.  Et le deuxième fait est inquiétant : la victime était déjà connue de la police, elle avait été victime d’un viol et avait fait condamner l’ancien partenaire d’affaires de feu son époux. Depuis, les enfants de ce dernier l’accusaient de mentir et le fils l’avait déjà menacée.

L’enquête s’avère donc compliquée, et Avraham doute plus que jamais, commettant certains impairs avec ses collègues et sur le plan personnel, la visite des parents de sa petite amie se passant très mal. Avraham doute de tout – fort heureusement, le policier est bien entouré à son travail et son talent d’enquêteur ne faillit pas.

Pendant que la police s’active, une jeune mère de famille, Maly, s’inquiète du comportement étrange de son mari. Ce dernier a toujours eu du mal à conserver son emploi. Le jeune homme, né en Australie, avait décider de venir en Israël, d’où son père était originaire, pour y intégrer les forces armées. Mais son comportement particulier avait mis fin prématurément à cette carrière. Il avait aussi échoué aux tests d’entrée à l’école de police, et travaillait depuis dans la sécurité privée. Mais à nouveau sans emploi, il déprime profondément. Et s’isole, laissant son épouse gérer la maison et leurs enfants. Il la délaisse au profit de la salle de boxe et refuse de lui dire où il passe ses nuits. Lorsque Maly tente de relancer la communication, elle se trouve confrontée à un homme qu’elle ne connaît pas. Comme par exemple, lorsqu’il frise la crise névrotique quand il n’arrive pas à retrouver son parapluie. Maly ne supporte pas ses absences la nuit. La jeune femme est devenue très craintive après avoir été agressée par un inconnu dans sa chambre d’hôtel lors d’un voyage d’affaires.

Et hop, me voilà de nouveau plongée dans l’univers très particulier du roman israélien ! Et impossible de reposer le roman. Dror Mishani a vraiment le don de vous harponner. Comme dans chacun de ses romans, l’auteur vous piège en nous utilisant, lecteur, comme témoin involontaire d’un inéluctable drame à venir, ce qu’Avraham ne voit pas encore.

Et vous voilà dans l’incapacité à prévenir l’inspecteur. La tension grandit et vous êtes prisonnier de ces pages. Une construction narrative qui fonctionne à chaque fois ! Et cette fois-ci, l’auteur israélien va plus loin que dans ces précédents romans en offrant un fin tragique. Je rejoins l’avis de l’éditeur, il s’agit probablement du plus poignant de ses trois romans.

Emouvant de voir la vie professionnelle et personnelle de notre héros bousculée à ce point. Et la vie de Maly. Je me suis beaucoup attachée à elle.

En découvrant la quatrième (je ne l’ai pas lu avant d’entamer le roman), je découvre que son premier roman, Une disparition inquiétante, va être adaptée au cinéma par Erick Zonca. Etrange d’imaginer que notre inspecteur va avoir un visage !

En attendant, en rédigeant ce billet très tardivement, je réalise que je me souviens de toute mon émotion en lisant ce roman. Un très bon signe chez moi !

♥♥♥♥

Éditions Seuil, Coll.Policiers,  trad. Laurence Sandrowicz, 2016, 288 pages

We are all completely beside ourselves ∴ Karen Joy Fowler

« I thought this was a gripping, big-hearted book . . . through the tender voice of her protagonist, Fowler has a lot to say about family, memory, language, science, and indeed the question of what constitutes a human being. »   Khaled Hosseini

J’ai choisi de lire ce roman, adapté en français sous le titre Nos années Sauvages aux éditions Presses de la Cité, suite à ma rencontre avec l’auteur lors du Festival America. Une rencontre un peu particulière, car le roman repose sur un « secret » que le lecteur découvre à la fin du premier tiers du roman, aussi la romancière devait faire attention à chaque mot qu’elle prononçait.

Elle est quand même (comme dans le roman) revenue sur son histoire personnelle, en nous confiant que son père était comme le père du roman : un « psychologue » mais pas celui qui reçoit dans son cabinet des personnes en souffrance mais un professeur de facultés, mathématicien qui menait des expériences. Le père de Karen Joy Fowler, s’en souvient-elle noircissait ses cahiers d’équations mathématiques auxquelles sa fille ne comprenait rien.  Mais revenons au roman :

Il était une fois deux sœurs, un frère et leurs parents qui vivaient heureux tous ensemble. Rosemary était une petite fille très bavarde, si bavarde que ses parents lui disaient de commencer au milieu lorsqu’elle racontait une histoire. Puis sa sœur disparut. Et son frère partit. Alors, elle cessa de parler… jusqu’à aujourd’hui. C’est l’histoire de cette famille hors normes que Rosemary va vous conter, et en particulier celle de Fern, sa sœur pas tout à fait comme nous…

Cette quatrième de couverture ne m’aurait pas, je l’avoue, totalement subjuguée,  n’étant pas trop penchée sur les histoires de familles mais la mystérieuse disparition de deux des trois enfants titillait ma curiosité.

Il est donc difficile d’écrire ce billet sans révéler le fameux secret mais celui-ci ne met pas fin à l’histoire, bien au contraire : il permet à Rosemary de défaire le fil de sa vie et de remonter dans le temps.

J’ai tellement de choses à dire sur ce roman qui m’a énormément touché, d’abord parce que l’histoire, qui s’il est exceptionnelle, reste tout à fait réaliste mais surtout parce que l’auteure américaine a livré ici un roman magnifique sur l’amour et la rivalité fraternels. Un roman extrêmement puissant, poignant.

Et auquel je dois ajouter : un coup de foudre pour le choix narratif : la voix de Rosemary ne vous quitte pas, et j’adore la manière dont elle fait vivre cette jeune femme, qui en vous racontant l’histoire de sa vie, vous raconte aussi ses soirées de beuverie à la fac et son regard envers elle-même. Rosemary se souvient de ses cinq ans, de ses vingt-deux ans, et à la fin du roman, elle a une quarantaine d’année.  Je me suis attachée à cette jeune femme qui, par la force des choses, va être amenée à découvrir peu à peu la vérité sur certains faits.

In Bloomington, to someone my grandma’s age, the word psychologist evoked Kinsey and his prurient studies, Skinner and his preposterous baby boxes. Psychologists didn’t leave their work at the office. They brought it home. They conducted experiments around the breakfast table, made freak shows of their own families, and all to answer questions nice people wouldn’t even think to ask.

Elle lève le voile sur certaines zones d’ombre et doit affronter ses craintes et surtout faire le constat que même enfant, on peut être porteur d’une noirceur en soi. De violence, de jalousie.

Karen Joy Fowler présente une famille américaine dont la vie va être chamboulée à plusieurs reprises, une famille où l’on communique peu, ou du moins on omet volontairement certains sujets, comme le sort de Fern.

Rosemary est en colère contre eux,  après son départ, le nom de Fern n’est plus prononcée et puis son frère disparait et le même silence s’installe. La jeune fille part vite étudier loin de ses parents. Elle leur reproche cette attitude incompréhensible jusqu’au jour où la vérité éclate et où elle doit tout réapprendre, tout réajuster. Un très long processus.

L’autre point fort du roman c’est l’amour extraordinaire qui unit cette famille, Rosemary à Fern, la mère envers ses enfants, impossible de ne pas être touché.

Enfin, Karen Joy Fowler n’hésite pas à évoquer ici de nombreuses recherches scientifiques et elles m’ont passionnées car j’ai quitté la fac pour étudier la biologie et le langage des signes car j’étais justement passionnée par le même thème qu’eux (secret!). Vous comprenez donc pourquoi ce roman me touche particulièrement (mais chez moi, cela aura duré six mois, littéraire dans l’âme …).

J’ai adoré le style de l’auteur, cette manière de nous faire partager les vicissitudes de l’héroïne, ses pensées, ses doutes, sa colère, ses sentiments de solitude et son travail d’introspection. Un roman merveilleusement écrit  et ça fait énormément de bien je vous jure !

Il est impossible de ne pas se sentir proches de ces sœurs et de ressentir les mêmes émotions et de savoir à quel point chaque décision peut être un déchirement. L’apprentissage de l’âge adulte passe aussi par accepter le choix de ses parents. Il faut parfois se faire violence pour faire passer l’intérêt de l’autre avant le sien.

Finalement, le « secret » pourrait être levé que le roman resterait aussi puissant – car il va bien au-delà. J’ai une image magnifique à vous montrer mais impossible ou alors le secret est-il déjà levé pour tout le monde ?

Un roman que j’ai emprunté mais que je souhaite commander pour l’avoir chez moi, bien au chaud.

Comme le ou la journaliste du Times le dit si bien : « Il y a eu beaucoup de livres écrits sur l’amour et la rivalité fraternels, mais peu, j’en suis sûre, capables de vous déchirer le cœur et de vous bouleverser comme celui-ci… Préparez-vous à être enchanté et traumatisé ». 

♥♥♥♥♥

Éditions Marian Wood Books/Putnam, 2013, 320 pages

Une pause BD, ça vous tente ?

Allez, soyez rassuré, je lis encore des BD, 3 nouvelles lectures pour vos yeux, mesdames, messieurs !

  1. Adieu Kharkov – Mylène Demongeot – Bouilhac – Catel

C’est par hasard que j’ai choisie cette bande-dessinée racontant la vie de la mère de l’actrice Mylène Demongeot, Klavdia Troubnikova.  En 1985, atteinte d’un cancer, cette dernière, accepte de raconter son enfance à Kharkov, en Urkraine, elle y est née en 1904, benjamine d’une famille de Russes blancs, puis son adolescence, la révolution bolchévique, la première guerre mondiale et sa jeunesse, de la Russie à la France, en passant par Singapour.

Klavdia, inséparable de sa soeur ainée, Sis, fait très vite tourner la tête des hommes avec sa beauté orientale. Lorsque la guerre éclate, les enfants sont séparés pendant plusieurs années de leurs parents, et vivent très pauvrement. Ils sont finalement réunis, et les filles ont obtenu, après moults discussions, d’aller à l’école, contre l’avis de leur mère. Leur père, un coureur de jupons, disparait régulièrement, au grand dam de leur mère, qui refuse d’avoir un autre enfant et risque sa vie en interrompant ses grossesses multiples. Malheureuse, elle refuse que sa fille benjamine quitte la maison pour épouser un jeune homme. Mais Klavdia rêve d’une autre vie et veut fuir son père qui a eu des gestes plus que déplacés envers elle. Mariée, ils s’installent en Asie, à Singapour où elle pousse son jeune époux à partir s’installer en Amérique après avoir promis de le rejoindre. Enceinte, elle est contrainte d’attendre la naissance de son fils. Mais, Klavdia ne perd pas de temps et met le grapin sur un homme très fortuné, qui accepte de l’installer chez lui avec son fils. Lorsque son épouse rentre d’Europe, les deux femmes font connaissance. C’est à cette époque qu’elle entend parler de l’arrivée d’un homme d’affaires français très beau, Fred Demongeot. Klavdia décide qu’il sera son époux.

Dotée d’une volonté de fer, la mère de Mylène a ainsi décidé d’utiliser rapidement ses atouts féminins pour sortir de sa condition (la révolution bolchévique leur fit perdre leur situation bourgeoise). Et elle refuse le sort vouée aux femmes. Où elle m’impressionne, c’est qu’elle n’oublie jamais sa soeur (son frère a préféré resté à Kharkov avant de partir s’installer en Amérique en coupant les ponts).

Klavdia (Claudia en France) va réussir ainsi tout ce dont elle rêve, tandis que la grande Histoire s’emballe autour d’elle, mais à un prix extrêmement fort. Celui de l’amour.

La jeune femme va s’endurcir et il aura fallu qu’elle livre enfin ses secrets pour qu’elle et sa fille Mylène se rapprochent à la toute fin de sa vie.

Klavdia prend vie à travers les illustrations de Claire Bouilhac, alors que celle de Mylène est dessinée par Catel. Je n’avais pas remarqué ce choix illustratif.

Ces regards croisés de femmes, toutes deux émancipées, à plus de trente ans d’écart, sont passionnants. J’ai passé un très bon moment de lecture en découvrant ainsi la famille de Micha, surnom de Mylène Demongeot.

Une actrice que je ne connais que de nom, et pour sa fausse rivalité avec Brigitte Bardot. Pourtant, elle a tourné dans plus de 70 films. En voyant des photos d’elle jeune, je peux imaginer aussi la beauté de Klavdia.

Editions Dupuy, 2015, 232 pages

Mon avis : ♥♥♥

 

      2. L’été DiabolikTome 0 de Thierry Smolderen et Alexandre Clérisse

C’est toujours dans le cadre du même Prix BD 2017 que j’ai reçu cette bande-dessinée, que j’ai croisée à plusieurs reprises sur la toile. Alexandre Clérisse est l’illustrateur et son travail m’a marqué, car il est rare de croiser ce coup de pinceau et surtout ce choix de couleurs. Très vives, elles vous accompagnent tout du long. A la fin, on apprend que l’artiste travaille sur ordinateur et sur Photoshop. Le résultat est un ensemble de couleurs vives (« mixeur graphique ») qui peuvent déranger certains, pour ma part, j’ai beaucoup aimé.

Quant à l’histoire ? Thierry Smolderen a choisi de nous ramener à l’été 1967 – où Antoine, 15 ans, va voir sa vie totalement chamboulée. Le jeune homme a une vie plutôt confortable. Son père, un scientifique de renommée internationale, l’aime beaucoup mais les deux hommes partagent peu de choses en commun. Antoine se fait un nouveau copain, tout en continuant de rêver d’une jeune fille, qu’il croise lors des bals organisés dans la station balnéaire. Il est aussi émoussé par une jeune femme américaine (ou anglaise) invitée chez les parents de son ami. Mais des faits troublants viennent perturber cet été idyllique.

L’auteur s’amuse à plonger le lecteur dans un roman d’espionnage – mais à la OSS 117 – non pas tant pour l’humour, que pour le style de ces années-là, les années 60 où le père d’Antoine ressemble à un James Bond – élancé, la cigarette à la lèvre, le tailleur parfait – et c’est assez amusant. Ajoutez-y un accident dramatique, une fille troublante et la disparition soudaine du père d’Antoine, et vous avez une idée de l’histoire.

Mais j’avoue que j’ai quand même trouvé le scénario un peu trop creux, et surtout trop de références piquées ci et là (« des fumetti à David Hockney ») et une fin un peu trop alambiquée pour moi ! En préparant ce billet, je découvre que Thierry Smolderen enseigne le scénario et l’histoire de la bande-dessinée, et qu’il a publié un ouvrage théorique intitulé « Naissances de la bande-dessinée ». Je comprends mieux le plaisir qu’il a en utilisant ses connaissances pour y insérer des références à ses auteurs préférés, mais chez moi, cela se traduit par un scénario un peu trop alambiqué. Mais  la plupart des gens autour de moi ont adoré. Je retiens surtout le coup de pinceau de Clérisse.

Cette bande-dessinée n’a pas besoin de moi, elle a déjà remporté deux prix (Quai des Bulles et Prix BD Fnac) et signe la deuxième collaboration des deux hommes, après « Souvenirs de l’empire de l’Atome » (2 prix dont celui des Utopiales en 2013).

Je vais essayer de me procurer celle-ci !

Mon avis : ♥♥

Éditions Dargaud, 2016, 168 pages

 

3. Malpasset, causes et effets d’une catastrophe de Corbeyran et Horne

Le 2 décembre 1959 à 21h13, après seulement 5 ans d’existence, le barrage de Malpasset, dans le Var s’est rompu. Une vague de 50 millions de mètres cubes d’eau s’est alors déversée dans la vallée du Reyran et s’est abattue 20′ plus tard sur la ville de Fréjus, causant des dégâts matériels considérables et faisant plus de 400 morts et 7 000 sinistrés. Il s’agit tout simplement de la catastrophe civile la plus importante du 20ème Siècle en France. 2017 – moi lectrice française, assez bonne en histoire de France, avoue n’avoir jamais entendu parler de cette catastrophe, et vous ?

A travers une dizaine de récits très poignants, Corbeyran et Horne remontent le fil du temps, racontent cette nuit d’horreur, en tentant d’éclairer sur l’origine du drame (et l’enquête qui suivit) mais surtout abordent tout en pudeur et respect le traumatisme vécu par les survivants et qui continuent plus de cinquante ans après les faits à les poursuivre.

En premier lieu, impossible de ne pas penser au Tsunami de 2006 qui s’est abattu en Asie et a fait des milliers de victimes. Ici, les trombes d’eau se sont transformées en une vague de boue géante qui a tout emporté sur son passage. Le témoignage d’Yvon (si je ne me trompe pas) est très marquant. Âgé de 16 ans, le jeune homme était parti s’amuser en ville (en contrebas) le soir-même. Lorsque le barrage a rompu, le bruit a été tel (les survivants parlent d’un bruit de dizaines de trains arrivant à toute vitesse), le jeune homme et son copain ont sauté sur leur scooter et ont filé toute vitesse rejoindre leurs maisons. La maison de son ami (et sa famille) avait survécu miraculeusement mais lorsqu’ils arrivèrent ensuite à la station service où vivait la famille d’Yvon (sa mère, son père et ses deux sœurs), il ne restait absolument plus rien. Rien. Ni station service, ni même de cuves souterraines d’essence ! L’eau avait tout emporté.

Les témoignages restent pourtant sobres – des familles entières ont disparu sous cette vague de boue. Les survivants racontent des histoires proches de celles entendues lors du tsunami asiatique – projetés, ballotés, blessés – souvent sauvés par un arbre ou une maison à étage (réfugiés sur le toit) – et surtout les visions d’horreur – entendre les cris, voir ses voisins, amis, parents disparaitre dans les flots.

Causes et effets – car il est important d’expliquer pourquoi ce barrage, fierté de la mairie communiste locale, n’a pas tenu plus de cinq ans. Des raisons économiques mais aussi des pressions locales. A la même époque, l’État construisait l’autoroute du sud – et le chef des TP publics avait obtenu que le barrage ne déverse pas les alluvions entassés naturellement au fond du barrage, comme il le faisait régulièrement via un sas prévu à cet effet. L’accumulation de ces alluvions au violent orage et aux chutes de pluie énormes qui étaient tombées la veille auront eu raison de l’ouvrage. En sachant qu’à l’époque, les études de sols réalisées avant les travaux (afin de connaître la nature du sol) avaient été fait en un premier lieu, qui ne fut finalement pas retenu pour la construction du barrage. On le construit 200 mètres plus loin et à l’époque, personne ne jugea bon d’étudier à nouveau le sol de la montagne.

 Editions Delcourt, 2014, 160 pages

Mon avis : ♥♥♥♥